Le moins que l'on puisse dire de cet album est qu'il est à des années-lumière d'être totalement nouveau et il ne contient rien qui soit vraiment neuf. Sur pratiquement chaque morceau, on peut reconnaître des éléments empruntés à d'autres albums de Maiden. Cependant, cet « auto-plagiat » nous donne un kaléidoscope des meilleurs moments du groupe, re-travaillés et adaptés pour fournir 77 minutes de musique typiquement maidenienne pour la joie de tous. Au passage on peut noter qu'il s'agit de leur album le plus long mais, malgé la longueur des morceaux, on ne s'ennuie pas une seule seconde à l'écoute de l'album entier.
L'illustration de la pochette, réalisé par un artiste désormais bien connu des fans d'Iron Maiden, Monsieur Melvyn Grant pour le nommer, a une fois de plus provoqué une certaine controverse. Eddie est représenté en extra-terrestre tenant une clef (qui n'a probablement pas de signification particulière) et certains fans ont hurlé d'horreur, affirmant qu'il ne s'agissait pas d'Eddie. Les gens pourraient au moins se pencher sur les diverses manifestations de la mascotte du groupe au fil des trente dernières années. Sous ce nouveau déguisement, c'est bien Eddie que nous avons sous les yeux. Iron Maiden ne laisserait jamais une autre créature hanter les pochettes de leurs albums.
En dépit d'être dans le prolongement musical direct de A Matter Of Life And Death, le contenu lyrique de l'album n'est pas aussi sombre et lugubre que celui de son prédecesseur. Bien que certains thèmes récurrents soient présents, comme les dernières pensées d'un personnage qui sait qu'il va mourir, ou encore comment le monde entier court à sa perte si personne ne fait rien, le message de la plupart des chansons semble beaucoup plus positif et offre un certain espoir. Après tous, n'avons-nous pas tous besoin d'espoir ?
Satellite 15...The Final Frontier (Smith, Harris)
Avec ce morceau, le groupe nous emmène au royaume de la science-fiction. C'est sans aucun doute l'intro la plus étrange qu'Iron Maiden ait jamais composée. Il est difficile de dire s'ils ont utilisé une boîte à rythmes ou s'il s'agit de deux pistes de batterie enregistrées par Nicko puis superposées. Toutefois, Steve a mentionné dans une interview qu'Adrian était arrivé avec une bande de démo du morceau et qu'ils avaient jugé cette démo suffisamment bonne pour figurer telle quelle sur l'album. Il est donc fort vraisemblable que Nicko ne joue pas sur cette partie.
Les guitares inquiétantes et le rythme de batterie bien lourd semblent évoquer quelque bataille spatiale qui pourrait être le lien entre cette intro bizarre et le reste du morceau où un astronaute se retrouve à dériver vers sa fin. La voix presqu'irréelle de Bruce apparaît après un court instant de calme, puis l'intro continue en un jeu agressif de double grosse caisse et de guitares enragées avant de s'arrêter abruptement.
Le morceau continue ensuite en territoire beaucoup mieux connu d'un point de vue musical, avec un texte parlant d'un pilote dérivant dans l'espace. Il risque de s'écraser sur le soleil, ou tout simplement d'épuiser ses réserves d'air, vu que son vaisseau semble avoir subi de gros dégâts. Si le système de navigation ne fonctionne plus, il est fort possible que le recyclage d'air ait également été endommagé. Cette partie du morceau donne son titre à l'album et fut mis en ligne sur le site officiel du groupe le 13 juillet 2010 sous la forme d'une impressionnante vidéo.
L'aspect philosophique de la réflexion d'un homme qui se sait condamné et qui se penche sur sa vie apparaît assez souvent dans les chansons d'Iron Maiden, comme par exemple dans « No More Lies ». Ici, le personnage n'a rien à regretter si ce n'est qu'il aurait aimé faire ses adieux à sa famille. Il a apparemment eu une vie des plus comblées, bien plus que celle de l'individu moyen. Il n'est pas du tout comme la majeure partie de l'humanité qui attend que quelque chose se passe dans leur vie, ce qui est rarement le cas ; il a vécu pleinement et de façon proactive, et de nombreux humains apathiques qui se contentent d'exister sans vraiment vivre devraient en prendre de la graine. En tout cas, ce personnage est désormais prêt à faire face à la véritable ultime frontière : la mort.
Le titre de ce morceau est composé de deux parties distinctes, tout comme le morceau lui-même, avec le numéro 15 symbolisant bien évidemment le quinzième album d'Iron Maiden et la mention de l'ultime frontière qui est une allusion ironique de la part de Bruce au fait que de nombreux fans pensaient qu'il s'agissait là du dernier album du groupe – une rumeur qui a depuis été démentie. De toute façon, il s'agit d'un morceau (qui aurait pu en être deux) tout à fait convenable, avec une partie typique de Maiden à la suite d'une intro bien peu conventionnelle et fort surprenante. Mais quelle bonne surprise !
El Dorado (Smith, Harris, Dickinson)
Avec une intro martelée d'une basse bien lourde qui rappelle « The Longest Day », cette chanson parle de politique de la même façon que « Holy Smoke », bien qu'elle semble s'attaquer plus aux politiciens qu'aux prédicateurs ce qui la rapproche donc de « Be Quick Or Be Dead ». Quoi qu'il en soit, elle parle de la cité mythique d'El Dorado et plus précisément de la métaphore qu'elle représente : quelque chose de glorieux qui nous est promis alors que cela n'existe même pas – comme ce dont parlent de nombreux politiciens et tous les meneurs religieux. L'histoire est racontée du point de vue cynique de celui qui trompe les autres et dont ce jeu de dupes est sa raison d'être. Il faut dire que cela peut rapporter beaucoup d'exploiter la bétise et la crédulité de nos congénères !
On trouve une intéressante référence à Marillion dans la phrase « I'm the Jester with no tears – Je suis le bouffon qui ne pleure pas ». L'album Script For A Jester's Tear de ce groupe de rock progressif, sorti en 1983 a fait date dans ce style de musique, un style que Iron Maiden a désormais adopté, bien que sous une forme beaucoup plus lourde. Il s'agit probablement de l'hommage d'un grand groupe à un autre.
Un autre détail à noter dans les paroles est l'utilisation du terme « banker » (banquier), « with a letter out of place – avec juste une lettre à changer ». Les Britanniques auront compris qu'il s'agit de « wanker » (branleur), mais le reste du monde n'aura peut-être pas remarqué la subtilité de l'humour malicieux de Bruce. C'est une des blagues que Bruce utilise ici ou là quand il écrit, un peu comme utiliser le mot « Fokker » au lieu de « fucker » dans les paroles de « Tailgunner » – de l'humour typiquement britannique.
« El Dorado » est probablement le seul morceau de l'album à porter de façon aussi évidente le sceau de Maiden. Paradoxalement, c'est aussi le plus faible selon les standards du groupe sur The Final Frontier. Il est sorti en téléchargement gratuit sur le site officiel le 8 juin 2010, la veille du premier concert de la tournée The Final Frontier World Tour. C'est aussi le seul morceau tiré de l'album à avoir été joué sur scène lors de la première partie de la tournée.
Note : Ce qui suit fut originalement écrit par LooseCannon sur le forum de MaidenFans. Ceci en est la traduction.
Gaily bedight,
A gallant knight,
In sunshine and in shadow,
Had journeyed long,
Singing a song,
In search of Eldorado.
But he grew old–
This knight so bold–
And o'er his heart a shadow
Fell as he found
No spot of ground
That looked like Eldorado.
And, as his strength
Failed him at length,
He met a pilgrim shadow–
"Shadow," said he,
"Where can it be–
This land of Eldorado?"
"Over the Mountains
Of the Moon,
Down the Valley of the Shadow,
Ride, boldly ride,"
The shade replied-
"If you seek for Eldorado!"
Gaîment accoutré, un galant chevalier, au soleil et par les ténèbres, avait longtemps voyagé, chantant une chanson, à la recherche de l'Eldorado.
Mais il se fit vieux, ce chevalier si hardi, et sur son cœur le soir tomba, comme il ne trouvait aucun endroit de la terre qui ressemblât à l'Eldorado.
Et, quand sa force défaillit à la longue, il rencontra une ombre pèlerine. – « Ombre, dit-il, où peut être cette terre d'Eldorado ? »
– « Par delà les montagnes de la lune, et au fond de la vallée de l'ombre, chevauche hardiment, répondit l'ombre, – si tu cherches l'Eldorado. »
– Edgar Allan Poe [1809–1849] &ndash traduction de Stéphane Mallarmé [1842–1898]
Connaissant l'attirance de Bruce Dickinson pour l'occulte et l'étrange, il ne serait pas surprenant que ce poème de Poe ait été une inspiration pour le texte de « El Dorado ». Bien sûr, cela n'explique pas de rythme rapide du morceau car ceux d'entre nous qui sont familiers avec la légende d'El Dorado savent bien que la quête pour la mythique Cité d'Or a été effectuée le plus souvent par bateau et non à cheval. L'imagerie maritime est d'ailleur reproduite dans la chanson.
La légende d'El Dorado vient du peuple Muisca et d'un mythe qu'ils ont raconté aux conquérants hispaniques, celui d'un chef de tribu appelé El Dorado qui alla nager recouvert d'or dans la lagune de Guatavita. Cette histoire a donné naissance parmi les conquistadores à la légende d'une cité d'or où les Muiscas s'approvisionnaient – ils n'avaient en effet aucune mine d'or, mais troquaient facilement le métal précieux avec d'autres tribus. Avec le temps, le mythe d'El Dorado s'amplifia au point que de nombreuses expéditions furent mises sur pied à la recherche de la cité perdue dans la forêt amazonienne.
Il est intéressant de noter que l'histoire de l'El Dorado est ici présentée du point de vue de celui qui recrute pour monter une expédition afin de trouver cette cité mythique, et non de celui d'un observateur neutre comme c'est le cas dans « Rime Of The Ancient Mariner » où la fable nous est conté par un narrateur extérieur. Ainsi, nous nous retrouvons dans l'esprit même d'un homme qui est parfaitement conscient d'attirer des innocents vers leur perte afin d'en tirer un profit personnel.
Gotta tell you a story On a cold winter's night You'll be sailing for glory Before you know what is right So come over here now I've got a vision for you It's my personal snake oil It's just something I do
Je vais vous raconter une histoire Par une froide nuit d'hiver Vous mettrez les voiles sur la gloire Avant de savoir si ça vaut le coup Alors venez donc par ici Je vais vous montrer un mirage C'est mon petit tour de passe-passe à moi C'est juste quelque chose que je fais
Le premier couplet nous présente le personnage, quelqu'un qui a l'air bien sous tous rapports et très professionnel. Il s'adresse à d'autres, leur racontant une histoire qui va les faire s'embarquer dans une expédition sans espoir avant même d'y avoir réfléchi. Cela nous informe que le personnage en question est un véritable escroc, totalement sûr de lui-même et de sa capacité à extorquer ce qu'il veut de ses victimes. Le terme « snake oil » vient de l'américain « snake oil salesman » qui désigne un escroc en argot. Ce qu'il vend est l'histoire d'El Dorado, avec ses promesses de gloire et d'argent. C'est son boulot. C'est juste ce qu'il vend.
I'm the jester with no tears And I'm playing on your fears I'm a trickster smiling underneath This mask of love and death The eternal lie I've told About the pyramids of gold I've got you hooked at every turn Your money's left to burn
Je suis le bouffon qui ne pleure pas Et je joue avec vos peurs Je suis un filou qui sourit Sous ce masque d'amour et de mort Le mensonge éternel que je vous ai raconté Au sujet des pyramides dorées Je vous ai accroché à toutes les entournures Votre argent reste à brûler
Bruce décrit le personnage à la première personne, expliquant que cet individu sait très bien ce qu'il fait et à quel sort il condamne ses « clients ». Il n'a aucun regret quant aux conséquences mortelles de son escroquerie (« le bouffon qui ne pleure pas ») et il profite des gens qui ont peur de mourir dans la pauvreté ou inconnus (« je joue avec vos peurs »). Le « masque d'amour et de mort » est l'histoire même d'El Dorado, cet endroit mythique dont personne n'est jamais revenu – sauf vous car il sait que vous êtes celui qui découvrira cette cité d'or – son « mensonge éternel ». Bien entendu, l'histoire d'El Dorado va au-delà de notre escroc et va probablement durer éternellement. Finalement, il vous a complètement embobiné – « Je vous ai accroché à toutes les entournures » &ndash et il ne reste que votre argent à consumer après que vous ayez pris la mauvaise décision en écoutant ce filou.
You'll be wanting a contract You'll be waiting a while I'd like to give you my contact But that isn't my style Well you only get one chance And it's too good to miss If I didn't lie to you Then I wouldn't exist
Vous allez vouloir un contrat Vous allez devoir attendre quelques temps J'aimerais vous donner mes coordonnées Mais ce n'est pas mon genre Allez, vous n'avez qu'une seule chance Et elle est trop bonne pour la laisser passer Si je ne vous mentais pas Alors je n'existerais pas
Maintenant la cible de l'escroc demande à être rassuré que Bruce dit bien la vérité et ne lui raconte pas quelque mensonge. Bien entendu, l'escroc évite toute demande de contrat ou même de coordonnées en rappelant à sa victime que l'offre d'or et de gloire est à prendre ou à laisser. Nous avons également confirmation que le personnage est bien un escroc professionnel qui vit grâce à ses dupes : « Si je ne vous mentais pas alors je n'existerais pas. »
Greed, lust and envy pride It's the same old, same old ride The smoke and mirrors Visions that you see are just like me I'm a clever banker's face With just a letter out of place I know someone just like you Knows someone just like me
L'avidité, la luxure et l'envie forment un trio C'est toujours, toujours la même rengaine L'écran de fumée et les jeux de miroirs Les mirages que vous voyez sont tout comme moi J'ai le visage d'un banquier habile Avec juste une lettre à changer Je connais quelqu'un tout comme vous Qui connaît quelqu'un tout comme moi
Nous avons là quelque chose de plus abstrait quand Bruce extrapole au sujet du sens plus génénal de se faire escroquer. Tout le monde « connaît quelqu'un tout comme moi » et la trahison est « toujours, toujours la même rengaine ». Il compare son histoire à « l'écran de fumée et les jeux de miroirs » et se compare lui-même à un « banquier habile ». On dirait presque que l'escroc tente de se convaincre lui-même qu'il fait partie d'une ancienne tradition et qu'il est comme un magicien qui ment et trompe les autres pour les divertir, ou encore comme un banquier qui utilise des moyens légaux pour frauder ses clients bien qu'il semble ici voler à la fois l'argent et la vie même de ses victimes.
El Dorado come and play El Dorado step this way Take a ticket for the ride El Dorado streets of gold See my ship is oversold You've got one last chance to try
El Dorado venez jouer El Dorado venez par là Prenez votre billet pour un tour El Dorado rues dorées Vous voyez, mon bateau est plein à craquer Vous avez une toute dernière chance d'essayer
Le refrain est l'appât et la légende. Des rues dorées et tout ce que vous avez à faire est de venir jouer, alors venez par là. Il y a déjà beaucoup de monde et il ne reste qu'une seule place qui sera pour vous si vous en avez le courage.
So gone is the glory And gone is the gold Well if you knew the story How come it has to be told Well you can say I'm a devil And I wouldn't say no But out here on the dark side Hey! On with the show!
Alors, la gloire s'en est allée Et l'or s'en est allé Et si vous connaissiez l'histoire Comment ce fait-il qu'il faille la raconter Eh oui, vous pouvez dire que je suis un diable Et je ne dirai pas non Mais de ce côté-ci, du côté obscur Hé ! Que le spectacle commence !
Voici la réalité de l'escroquerie : ni gloire, ni or. L'escroc a dépouillé sa victime des deux et l'a laissée avec la mort comme seule issue. Et bien sûr la perte d'une victime de plus sur la route d'El Dorado n'est pas le genre d'histoire à raconter. Comme on l'a vu, l'escroc sait très bien que ce qu'il fait est mal. C'est un diable et il s'en délecte. On l'accuse d'être mauvais, mais il continue de sourire et de trouver d'autres pigeons.
So now my tale is told Big and bad and twice as bold This ship of fools is sinking As the cracks begin to grow There is no easy way For an honest man today Which is something you should think of As my lifeboat sails away
Alors maintenant mon histoire est contée Énorme et vicieuse et deux fois plus audacieuse Cette nef des fous est en train de couler Alors que les fissures s'élargissent Il n'y a pas de route facile Pour un honnête homme ces jours-ci C'est ce à quoi vous devriez réfléchir Alors que mon canot de sauvetage s'éloigne
Il a embobiné tout le monde et la réalité de son escroquerie apparaît au grand jour « énorme et vicieuse et deux fois plus audacieuse ». L'escroc s'enhardit, son mensonge s'accroît et il s'enrichit. Il a vendu assez de billets pour que le navire soit rempli et en route vers son sombre destin. Après tout, « il n'y a pas de route facile pour un honnête homme ces jours-ci » pour gagner autant d'argent que l'escroc vient de se faire et c'est ce qui est rappelé ironiquement à ceux qui se sont fait duper alors que le sinistre personnage saute dans son canot de sauvetage, en route pour plumer de nouvelles victimes.
Bien entendu, ce morceau peut servir de métaphore pour de nombreuses activités illicites, comme la consommation de drogue ou l'alcoolisme, mais il semble plus adapté à la promesse de richesses comme les marchés finaciers ou une chaîne de Ponzi. Toutefois, je pense qu'il s'agit simplement de l'histoire d'un homme qui vend l'hisoire d'El Dorado comme beaucoup l'ont fait – un faux espoir offert par n'importe quel prédateur. Considérons cette histoire comme un avertissement : si quelque vous raconte une histoire qui est trop belle pour être vraie, c'est probablement le cas.
Mother Of Mercy (Smith, Harris)
Relativement similaire à « Afraid To Shoot Strangers » du point de vue des paroles, cette chanson nous montre une fois de plus la guerre à travers les yeux d'un soldat en zone de combat. Les horreurs dont il a été le témoin, ainsi que celles qu'il a lui-même commises, sont brièvement décrites en courtes phrases efficaces – « Des corps remuant, mourant. » On retrouve ici l'éternelle question de savoir ce qu'il fait sur ce théatre d'opérations – qu'il s'agisse de l'Irak ou de l'Afghanistan – et pour quelles raisons il est forcé de tuer.
Il est difficile de dire qui est précisément cette « mère de miséricorde » et les paroles elles-mêmes restent assez vagues quant à la nature exacte de ce personnage – « Certain disent que vous êtes une cause perdue, certain disent que vous êtes une sainte. » Ce qui semble sûr est qu'il s'agit de quelque parsonnage religieux, sans doute lié au mythe chrétien de la Sainte Vierge, bien qu'il soit également fait mention qu'il s'agit de l'« Ange de la mort ».
La religion – ou ce que Steve Harris appelle la « mauvaise religion », quelle que soit la signification de cette expression – se trouve ici critiquée en tant que cause apparente de la guerre que le soldat remet en question. Cela ne fait aucun doute qu'il est croyant, appelant en vain ce dieu pour qu'il lui pardonne ce qu'il a fait et pour qu'il arrête ces atrocités. Naturellement, rien de cela ne risque d'arriver grâce à quelque intervention divine vu qu'il n'existe aucun dieu pour suivre ces tristes évènements – juste des individus souffrant de cette dangereuse illusion et provoquant ces guerres.
D'un point de vue musical, le morceau commence assez doucement avant d'exploser en un rythme puissant tout à fait typique d'Iron Maiden. Un bon morceau quoi qu'il en soit, malgré ce que certain peuvent dire de la voix de Bruce atteignant ses limites.
Coming Home (Smith, Harris, Dickinson)
Quand il s'agit de qu'il est commun d'appeler des « power ballads », Iron Maiden est un groupe tout à fait unique en son genre. Analogue à « Out Of The Shadows » dans son aspect musical – et contenant peut-être encore plus émotion – « Coming Home » nous décrit les pensées de Bruce Dickinson alors qu'il pilote Ed Force One pour un vol de retour vers l'Angleterre (Le « Pays d'Albion » est le nom poétique de l'Angleterre dû aux falaises blanches du Kent – Albus = blanc en Latin, un nom donné par les Français). Nous savons tous que Bruce a toujours aimé voler et qu'il est de nos jour pilote de ligne (quand il n'est pas en tournée avec le groupe !) volant parfois pour des missions inhabituelles comme l'évacuation de citoyens britanniques bloqués à Beyrouth en 2006.
La description du vol est incroyablement poétique, typique du lyrisme de Bruce. Quand on vole, il n'y a effectivement plus de « frontières qui divisent » et la traversée de l'Atlantique peut sans aucun doute être comparée au survol des tombes de si nombreux marins. Toutes les images contenues dans les paroles évoquent ce que c'est de voler, avec cette touche supplémentaire que seule la poésie de Bruce peut apporter.
The Alchemist (Gers, Harris, Dickinson)
Janick Gers démontre une fois de plus son talent pour l'écriture de morceaux rapides et sans ambages. Celui-ci rappelle très fortement « Man On The Edge » et est joué avec toute l'efficacité dont Maiden est capable. C'est le seul morceau vraiment rapide de l'album et on peut vraiment dire qu'il déménage !
Les paroles, écrites par Bruce Dickinson, le passionné d'occultisme du groupe, nous racontent l'histoire de la vie de John Dee, un célèbre mathématicien et occultiste britannique du XVIe siècle. C'est lui est prétendument à l'origine du terme « Empire britannique » (« Mes rêves d'empire ») pour Elizabeth I, sa « reine de glace » dont il fut l'un des conseillers durant son rêgne. Ce fut grâce à lui et son expertise en navigation que l'Angleterre put établir sa suprémacie sur les mers et océans, et son pays a énormément bénéficié de son savoir académique.
Malheureusement, il s'occupa également de choses plus ésotériques, comme de parler aux anges et aux esprits, et fit la connaissance d'un escroc, Edward Kelly, qui lui aussi versait dans le même domaine et prétendait communiquer avec les esprits. Lors d'un long séjour à étranger, Kelly finit par convaincre Dee que l'une de ces entités de l'au-delà ordonnait que tous deux se partagent la femme de Dee (« Tu as pris ma femme et tu as couché avec »), ce qu'ils firent et qui sans doute provoqua la fin de la relation entre les deux occultistes. Quand Dee retourna à sa demeure de Mortlake en Angleterre à l'issue de plusieurs années passées en Europe continentale, il trouva sa maison vandalisée et les livres de sa grande bibliothèque (l'une des plus fournies à l'époque) volés pour la plus grande partie (« J'étais le gardien des livres »). Il est mort pauvre, mais il a marqué l'Histoire en tant que grand érudit – quoique plutôt crédule si l'on se fie à ses conversations avec divers anges et autres esprits. Cette malencontreuse faiblesse fut exploitée par l'infâme Kelly qui ne valait apparemment pas mieux que le sinistre personnage dépeint dans « El Dorado ».
Isle Of Avalon (Dickinson, Harris)
Puisant son inspiration lyrique dans le mythe celte d'Avalon, ce lieu magique où résident les immortels, ce morceau complexe commence par un crescendo qui rappelle la partie instrumentale de « Seventh Son Of A Seventh Son ». On peut également noter que la section instrumentale progressive au milieu du morceau semble largement influencée par Rush.
Les paroles sont quelque peu similaires à celles de « The Wicker Man » en ce qu'elles évoquent d'ancients cultes païens auxquels les Celtes se prêtaient il y a plusieurs siècles. Le sens sous-jacent du texte semble être l'expression du manque de respect de l'homme vis-à-vis de son environnement qui est « endormi aux yeux des morts », ces morts représentant la vaste majorité de la population humaine sur notre planète. On trouve cependant un message d'espoir en ce que ces morts peuvent être amenés à Avalon (symbole de Mère Nature) pour y être enterrés « afin d'y renaître ».
« Isle Of Avalon » est un grand morceau épique contenant de multiples mélodies (et même un riff emprunté à « No More Lies ») et des changements de rythme subtils. Il n'y a là rien de nouveau pour Maiden, mais cela reste un morceau très agréable à écouter.
Starblind (Smith, Harris, Dickinson)
Note : Ce qui suit fut originalement écrit par LooseCannon sur le forum de MaidenFans. Ceci en est la traduction.
La notion la plus grotesque que Homo sapiens ait jamais imaginée est que le Seigneur Dieu de la Création, créateur et souverain de tout l'univers, désire l'adoration saccharinée de ses créatures, puisse être influencé par leurs prières et s'offenser s'il ne recevait pas cette flatterie. Et pourtant, cette absurde lubie, dénuée de la moindre évidence en sa faveur, garantit la couverture de tous les frais de la plus vieille, la plus vaste et la moins productive des industries de l'ensemble de l'histoire.
Robert Heinlein [1907–1988], écrivain américain
La religion commence là où finit le savoir.
Benjamin Disraeli [1804–1881], premier ministre britannique
Je n'ai pas vraiment prêté attention à cette chanson la première fois que j'ai écouté The Final Frontier en entier. Il y avait des passages doux et la musique ne m'a pas emballé. Je n'arrivais pas à comprendre correctement ce que chantait Bruce. Toutefois, le refrain était entraînant et je l'ai alors ré-écoutée en faisant plus attention. Finalement, j'ai pris connaissance des paroles et quand j'ai enfin compris, je me suis senti comme une balle de baseball lancée à toute allure vers la batte de Babe Ruth : c'est un « home run ». Ou un penalty tiré par Beckham dans les années 90 pour vous autres en Europe.
Cela fait longtemps que je me suis résigné à ce qu'il soit rare qu'un chanteur partage mon opinion personnelle sur la religion. Le seul que je connaisse et qui soit de niveau supérieur est Dio et c'est pour cela que j'adore des morceaux comme « Heaven & Hell ». Cette chanson exprime exactement ce que je ressens au sujet de la religion. « Starblind » reflète cette chanson. Comme toujours, il ne m'appartient pas de commenter sur la musique et je vais donc me concentrer sur ce qui semble être le meilleur texte que Bruce ait jamais écrit.
Take my eyes the things I've seen In this world coming to an end My reflection fades I'm weary Of these earthly bones and skin You may pass through me and leave no trace I have no mortal face Solar winds are whispering You may hear me call
Prenez mes yeux, les choses que j'ai vues Dans ce monde dont la fin est proche Mon reflêt s'estompe, je suis fatigué De ces os et de cette chair terrestresVous me traverserez peut-être sans laisser de traces Je n'ai pas de visage mortel Les vents solaires murmurent Yous m'entendrez peut-être appeler
Nous devons nous rappeler que Bruce est un conteur extraordinaire et il établit ici les prémisses de l'histoire qu'il va nous raconter. Le personnage se prépare à mourir, il est fatigué de son corps et prêt à faire le grand saut. Ces premiers vers sont emprunts de fortes métaphores et ce n'est qu'à l'analyse de la fin de la chanson que l'on se rend vraiment compte de quoi elle parle. Le narrateur veut que nous regardions le monde du point de vue de sa propre expérience ; il veut que l'on voit par ses yeux. Toutefois, il est également établit qu'il ne s'agit pas d'une seule personne, mais de n'importe quel humain : il n'a « pas de visage mortel ».
We can shed our skins and swim Into the darkened void beyond We will dance among the worlds That orbit stars that aren't our sun All the oxygen that trapped us In a carbon spider's web Solar winds are whispering, You may hear the sirens of the dead
Nous pouvons nous dépouiller et nager Au-delà, dans le vide obscurci Nous danserons au sein de mondes Qui orbitent autour d'étoiles qui ne sont pas notre soleil Tout l'oxygène qui nous a pris au piège D'une toile d'araignée de carbone Les vents solaires murmurent Vous entendrez peut-être les sirènes des morts
Il est important de comprendre ce que Bruce veut dire quand il parle plus tard de « voyage dans les étoiles ». Il utilise la notion de « danser au sein de mondes qui orbitent autour d'étoiles qui ne sont pas notre soleil » en tant que métaphore. Alors que ceux qui croient aux promesses de la Bible, du Koran et d'autres livres pensent qu'il vont vivre éternellement au paradis, ils ne sont en réalité que de quelconques formes de vie prises au piège d'une « toile d'araignée de carbone ». Ceux d'entre nous qui ont dépassé la pensée religieuse sont éclairés et libres. Il utilise la comparaison avec la sortie hors de l'atmosphère terrestre, ce que seulement quelques centaines d'individus ont fait, et encore jamais de façon permanente (à l'exception des malheureux qui sont mort dans l'espace). Ce n'est pas quelque chose qui fut accompli grâce à une foi aveugle. La capacité de quitter cette Terre, même si ce n'est que pour quelques temps, est un monument à la gloire de notre faculté de penser et de raisonner. Cela n'aurait jamais été possible si l'on s'en était tenus à des textes ou des croyances religieuses qui nous auraient maintenus à l'état de primitifs grattant le sol dans des champs de boue. Mais certains d'entre nous se sont échappés au cours de l'Histoire et qui ont développé de dangereuses pensées impies : des esprits éclairés qui continuent de nous appeler, ces sirènes qui flottent au gré des vents solaires. Des personnages comme Disraeli ou Paine ou Franklin qui se sont rendu compte que la religion n'était qu'une vaste escroquerie et qui n'ont pas hésité à le clamer haut et fort en des temps où la liberté de pensée n'était pas aussi protégée que maintenant.
Let the elders do their parley Meant to satisfy our lust Leaving Damocles still hanging Over all their promised trust Walk away from freedoms Offered by the jailers in their cage Step into the light startripping Over mortals in their rage
Laissez les anciens parler Cherchant à satisfaire notre convoitise Laissant Damocles toujours en suspens Au-dessus de toute leur confiance promise Éloignez-vous des libertés Offertes par les geôliers dans leur cage Entrez dans la lumière, voyage dans les étoiles Par des mortels dans leur rage
Nous avons fait confiance à des anciens – ceux qui s'occupent de diverses églises ou autres temples à travers le monde, des gens qui cherchent à satisfaire notre désir d'immortalité et qui prétendent savoir ce qu'il y a après la mort. Toutefois, l'épée de Damoclès se balance au-dessus de cette promesse et il est temps que nous nous rendions compte que ces promesses sont vaines. Les libertés qu'offrent les geôliers sont des pensées religieuses, les espoirs futiles que donnent les prêtres depuis la prison de leurs esprits restreints. Et en vous éloignant de ces libertés (la notion que vos péchés peuvent être pardonnés au bout de 50 « Je vous salue Marie »), vous entrez dans la lumière. Ce « voyage dans les étoiles », comme il est dit plus loin, est une preuve que vous pouver vous échapper de la norme et transcender votre niveau de pensée bien au-dessus de celui qui se contentent de leurs explication simplistes et erronées du monde. C'est aussi une analogie avec le fait que l'humanité est incapable de se souvenir de ses acquis s'ils ne sont pas transmis correctement.
Starblind with sun The stars are one We are the light that brings the end of night Starblind with sun The stars are one We are with the Goddess of the Sun tonight
Aveuglés par les étoiles, par le soleil Les étoiles ne font qu'un Nous sommes la lumière qui met fin à la nuit Aveuglés par les étoiles, par le soleil Les étoiles ne fon't qu'un Nous sommes avec la déesse du soleil ce soir
Peut-être que cela aurait plus de sens si c'était « Aveuglés par les étoiles, par le Fils ». Le concept d'un au-delà est aveuglant, mais revient au même : la promesse de la fin de l'éternelle nuit de la mort. La déesse du soleil est également un concept intéressant en ce que la majorité des religions païennes représentent le soleil comme masculin, alors que la lune est féminine. Hélios et Diane chez les anciens Grecs, par exemple. Le mythe germanique, par contre, parle de Sunna, la déesse du soleil. La mythologie nordique la connaissait sous le nom de Sol.
La tâche de Sol était de s'occuper des cieux tout en étant éternellement poursuivie par des loups comme punition pour son arrogance. Quand Bruce dit que nous sommes avec la déesse du soleil, il nous rappelle que même les esprits éclairés ont des chiens qui leur aboient après. C'est une analogie montrant combien la religion cherche à mettre des bâtons dans les roues du progrès &ndash rappelons-nous de Copernic et de Galilé, de Turing et de Tiller, tous ont subi d'une manière ou d'une autre les affres d'être opposés à des dogmes religieux qui ont tenté de détruire leur travail.
The preacher loses face with Christ Religion's cruel device is gone Empty flesh and hollow bones Make pacts of love but die alone
Le prédicateur perd la face avec le Christ Le cruel appareil de la religion n'est plus Chair vide et os creux Font des pactes d'amour mais meurent seuls
La mort est la même pour tous. Le cruel appareil de la religion (la promesse d'un paradis) s'évanouit. Vous, moi, nos familles et nos amis, nos être chers, tous feront l'expérience des même sentiments. Nous seront bien seuls ces dernières secondes, alors que nos mouvements et notre respiration s'arrêtent, attendant la fin de cette agonie. Bien sûr, le prédicateur qui a vendu les promesses du Christ perd la face quand, à la fin de sa propre vie, il est exposé en tant que menteur et que pas même les liens du mariage peuvent transcender la mort.
The crucible of pain will forge The blanks of sin begin again You are free to choose A life to live or one that's left to lose
Le creuset de douleur forgera Les péchés à blanc recommencent Vous êtes libres de choisir Une vie à vivre ou une qui est à perdre
Le péché n'est bien entendu pas éternel et nous nous mentons à nous-mêmes si nous pensons pouvoir y échapper en adorant un livre saint. Le creuset de douleur dont parle Bruce n'est rien d'autre que la vie elle-même : certains la voient courte et misérable, mais c'est la seule dont nous disposons. Bruce nous rappelle que nous avons le choix une vie à vivre ou une qui est à perdre. Vivre pleinement signifie ne pas se soucier de fausses promesses d'une religion et de choisir sa propre morale plutôt qu'une moralité issue d'un texte de l'Âge de bronze. La vie qui reste à perdre est celle que l'on passe à adorer une entité qui n'existe pas, à aller à l'église le dimanche pour y déposer une offrande (le plus souvent financière). Dans les cas extrèmes, cette vie – et celle d'autres – est gâchée dans un bus à Tel Aviv ou à Bagdad avec une ceinture d'explosifs. Il y a tout à gagner à vivre pleinement sans religion.
Virgins in the teeth of God Are meat and drink to feed the damned You may pass through me and I will feel The life that you live less Step into my light startripping We will rage against the night Walk away from comfort Offered by your citizens of death
Les vierges entre les dents de Dieu Sont la viande et la boisson qui nourrissent les damnés Vous me traverserez peut-être et je sentirai La vie que vous vivotez Entrez dans ma lumière, voyage dans les étoilesNous enragerons contre la nuit Nous nous éloignerons du confort Offert par vos citoyens de la mort
Toutes les promesses éternelles ne sont pas forcément bonnes. Soixante-douze vierges sont censées attendre ceux qui meurent pour le jihad, ces individus immondes qui raccourcissent leur vie et celle des autres inutilement en croyant qu'ils seront récompensés au paradis. Ceux d'entre nous qui ont rejeté les fausses promesses des religions ont parfois la chair de poule en voyant ce gâchis causé par des croyances imbéciles. Ici, Bruce nous éclaire sur ce qu'est ce « voyage à travers les étoiles » : ce sont ceux qui choisissent d'enrager contre la nuit, de vivre dans l'allégresse et qui sont prêts à se battre contre la fin de l'existence plutôt que d'adhérer à une fin de vie dans un faux confort. C'est une analogie symbolisant la libération de l'esprit qui se détache de ces liens qu'impose la religion.
Take my eyes for what I've seen I will give my sight to you You are free to choose whatever Life to live or life to lose Whatever god you know He knows you better than you believe In your once and future grave You'll fall endlessly deceived
Prenez de mes yeux pour voir ce que j'ai vu Je vous donnerai ma vue Vous êtes libres de choisir n'importe quelle Vie à vivre ou vie à perdre Quel que soit le dieu que vous connaissez Il vous connaît mieux que vous-même Dans votre unique et inexorable tombe Vous tomberez infiniment trompés
Le narrateur encourage celui qui l'écoute à choisir sa vie, une qui inclus la religion et l'autre pas. Il a une longue vie d'expérience et il veut que vous voyiez les choses par ses yeux. Il vous rappelle que votre dieu vous connaît mieux que vous-même puisqu'il est une création de votre propre imagination et que, quelle que soit la récompense qui vous est promise, vous finirez par pourrir dans la tombe, cet endroit de repos éternel vers lequel vous avez été leurré.
Il m'est aussi venu une autre idée en écoutant cette strophe : celle de la multiplication de la connaissance humaine. Grâce à notre capacité sans cesse croîssante de passer le savoir d'une génération à l'autre (par l'imprimerie, la prolifération des universités, les ordinateurs et maintenant Internet), qui fait que nous « donnons notre vue » – le bénéfice de l'expérience humaine – nous devenons de moins en moins religieux d'une manière globale. Les anciens ne meurent plus et nous donnent leur sagesse ; chaque année, des millions de nouveaux articles sont publiés, de nouvelles œuvres d'art et des albums apparaîssent, le tout s'ajoutant à la connaissance humaine et permettant d'accroître notre compréhension de cet énorme univers et de notre petite planète. Les anciens nous ont donné leurs yeux. Il nous ont donné la notion de gravité et le concept de la fission nucléaire, ils nous ont appris à comprendre la biologie et à déchiffrer le code même de la vie. Ils nous ont appris que les textes dits sacrés ne font pas le poids face aux lois de la physique et de la chimie. Les yeux de nos prédecesseurs n'ont jamais été aussi grands ouverts.
Look into our face reflected In the moonglow in your eyes Remember you can choose to look But not to see and waste your hours You believe you have the time But I tell you your time is short See your past and future all the same And it cannot be bought
Regardez notre visage réfléchi Dans la lueur de la lune dans vos yeux Rappelez-vous que vous pouvez choisir de regarder Mais pas de voir et de perdre votre temps Vous croyez avoir le temps Mais je vous dis que votre temps est compté Voyez votre passé et votre avenir identiques Et on ne peut l'acheter
Ici encore, le narrateur nous demande de considérer les choix qui nous sont offerts. Nos vie sont courtes, ce qui les rend encore plus précieuses quoi qu'en disent les marchands d'éternité. La lueur de la lune est un rappel que la nuit va bientôt tomber sur la vie du narrateur et qu'il va mourir bientôt. Il nous dit que notre « passé et [...] avenir identiques » &ndash que la mort et l'avant naissance sont les mêmes. L'inconnu. Le vide. Le néant. Nous n'existerons pas plus après la mort que nous n'existions avant la naissance. Et bien sûr « on ne peut l'acheter » – l'au-delà ne s'achète pas malgré toutes les oboles du monde.
Bruce a mis en place une discussion à la fois poétique et poignante sur la façon de voir la vie d'un certain point de vue philosophique, c'est à dire sans religion. Et pour quelqu'un comme moi qui partage cette opinion, cette chanson est particulièrement touchante. Cela fait mal de voir tous les jours ces petits voiles que certains portent afin de s'auto-persuader que leur vie a plus de sens qu'elle n'en a réellement. Ceux qui se croient meilleurs sans même essayer de l'être. Et bien sûr, il y a tous ces dangereux imbéciles qui prient le Christ après avoir violé et tué, persuadés que leurs péchés leurs seront pardonnés et qu'ils iront au paradis, ou encore ces monstres ignobles qui se font exploser ou qui font s'écraser des avions dans des gratte-ciels au nom d'Allah, ou encore ceux qui assassinent des médecins ou qui tuent leurs enfant sous prétexte qu'ils sont possédés.
S'il-vous-plaît... Arrêtez ça.
The Talisman (Gers, Harris)
Avec une douce intro similaire à celle de « The Legacy », les paroles décrivent le début de l'histoire : de nombreux voyageurs sont sur le point de quitter leur pays d'origine pour aller trouver la liberté et – avec un peu de chance – la fortune. Le narrateur explique qu'il s'agit d'une fuite face à des persécutions dont ils sont victimes chez eux, ce qui semble être une indication qu'il s'agit des bigots dont l'Europe ne voulait pas et qui sont parti en Amérique au XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles. Après tout, ils prient pendant tout le voyage vers leur « terre promise dorée » (sans que cela ne change rien de toutes façons).
Il est difficile de déterminer ce qu'est le fameux talisman qui les aide à naviguer, mais le personnage principal de l'histoire semble être leur guide vers le nouveau monde. Ironiquement, il meurt avant d'avoir pu atteindre la côte. La maladie dont il est atteint est probablement le scorbut dont le prognostic is invariablement mortel s'il n'est pas traité.
En résumé, « The Talisman » est un de ces morceaux maritimes épiques dans la même ligne que « Rime Of The Ancient Mariner » et « Ghost Of The Navigator ». Il n'est peut-être pas aussi fantastique que les deux autres, mais cela reste tout de même un excellent morceau.
The Man Who Would Be King (Murray, Harris)
Avec une douce intro à la « Clansman », il s'agit encore ici d'un morceau complexe et bourré d'harmonies. L'histoire nous parle d'un homme « qui voulut être roi » sans expliquer comment, ni roi de quoi. L'histoire n'est en tout cas pas inspirée par la nouvelle de Rudyard Kipling du même nom.
Cet homme semble être à la recherche d'un pardon quelconque pour avoir tué quelqu'un dans ce qui semble être un cas d'auto-défense (« selon lui il n'avait pas le choix »), bien qu'il semble désormais avoir des doutes sur le sujet. Les paroles sont un étrange mélange d'images de cet homme chevauchant un âne dans les montagnes et de charabia pseudo-religieux sur Dieu et le « livre sacré ».
C'est sans doute la chanson la plus cryptique de l'album d'un point de vue lyrique, mais la musique est absolument splendide.
When The Wild Wind Blows (Harris)
Une fois de plus, une douce intro aux accents celtes débouche sur un morceau plutôt complexe, le tout formant un chef d'œuvre épique typique des compositions de Steve Harris. Le morceau s'achève aussi doucement qu'il avait commencé, finissant un excellent album de la meilleure manère possible.
Les paroles s'inspirent du film d'animation de 1986 intitulé When The Wind Blows, lui-même une adaptation de la bande dessinée de Raymond Briggs du même nom. L'histoire est celle un couple âgé, Jim et Hilda, qui se prépare à un conflit thermonucléaire chacun de sa propre manière – Jim prépare un abri pendant que Hilda prépare le thé. Après l'explosion nucléaire qui détruit tout autour de leur maison à la campagne, ils se souviennent de leur passé et se demandent ce que l'avenir leur réserve, s'exposant pendant tout ce temps aux radiations qui finiront par les tuer. C'est une jolie fable sur la folie des autorités et l'impuissance des gens face à la destruction totale.
La chanson prend toutefois un point de vue légèrement différent en ce que le vieux couple se prépare tant à l'apocalypse qu'ils refusent catégoriquement de croire les nouvelles que la fin n'aura pas lieu. Ce qui se passe en réalité est un tremblement de terre qui les effraie tant qu'ils finissent par se suicider plutôt que de faire face aux conséquences de l'anéantissement de la civilisation. Il s'agit là d'un changement d'attitude plutôt ironique, surtout quand on voit à quel point ils s'étaient préparés à survivre. On reconnaît bien là les talents de narrateur de Steve Harris.