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Fear of the Dark – Interviews
 
Fear of the Dark

Fear of the Dark

11 Mai 1992

Steve Harris & Dave Murray (Avril 1992)
Steve Harris (Mai 1992)
Bruce Dickinson (Juin 1992)
Iron Maiden (Juillet 1992)

Commentaire de l'album

 

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 Steve Harris & Dave Murray – Avril 1992
 Interviewés par Raw Magazine
 Source : Raw Magazine
 Contributeur : The Ancient Mariner

 On est jeudi, ça doit être l'enfer. 

Rod Smallwood: On va filmer la prochaine vidéo en enfer aujourd'hui. Ça va avoir une sacrée gueule !

 Quand on fait face à l'enthousiasme démesuré de Smallwood, il n'est simplement pas possible d'être d'accord. Même si l'on n'a aucune idée de quoi il retourne. Assis à son bureau dans les locaux de Sanctuary Management, ce type est comme une ruche bourdonnante en pleine activité, débordant d'énergie et d'éloges pour les tous groupes dont sa société s'occupe. Dans ce ces précis, il s'agit des « néo-Indies » de Catherine Wheel, un groupe où le cousin du hurleur de chez Maiden, Bruce Dickinson, exerce ses talents et qui s'apprête à ravager les charts avec leur deuxième single. Smallwood a du mal à retenir sa joie quand la nouvelle débarque sur son bureau. Sur un autre front, on trouve les petits nouveaux de Taste qui se préparent à faire la tête d'affiche du Marquee pour la deuxième fois, un concert comme tant d'autres auquel Rod va assister. Et bien sûr, il y a Maiden, son premier amour et probablement aussi son dernier. Avec leur neuvième album studio, Fear of the Dark, qui vient juste d'être terminé, la machine Maiden est prête à entrer à nouveau en action. Pour Rod, cela signifie une tonne de coups de fil à un million d'individus différents au sujet de tout : de la planification d'une tournée européenne de promotion à l'élaboration de la balade d'été du groupe lors des festivals Monsters of Rock, ce qui inclut bien sûr une nouvelle visite à Castle Donington. Puis, il y a la coordination de la vidéo filmée en enfer. Une entreprise ambitieuse que Smallwood entreprend avec l'enthousiasme d'un chien de chasse courant après un lapin, alors qu'il se démène dans son bureau habillé nonchalamment de pantalons larges, d'un pull gris et de chaussures de sport. Autour de lui, les lignes téléphoniques bourdonnent frénétiquement. Sur la ligne trois Steve Harris, bassiste et force motrice du groupe depuis des temps immémoriaux, s'occupe de la logistique d'un voyage de promotion à Lisbonne avec Rod. C'est quelque chose qui lui tient à cœur, vu qu'Harris réside au Portugal une grande partie de l'année. On comprend assez bien qu'il ne veuille pas passer plus de temps que nécessaire à s'occuper de cette maison de disques portugaise et des autres, ceci en raison de l'tinéraire rigoureux de la tournée qui s'annonce. Après tout, une fois que les explications concernant Fear of the Dark seront finie et que la presse sera satisfaite, il sera temps de repartir sur la route pour environ quatre mois, jusqu'à Noël, jouant non seulement dans toute l'Europe, mais également en Asie du Sud-Est en divers endroits entre l'Indonesie et l'Indie. Steve Harris est donc un homme dont le temps est plus que précieux. Une fois le voyage au Portugal arrangé de façon satisfaisante, il est temps d'entamer la conversation avec Steve. Cela fait un bout de temps et, depuis que l'album précédent de Maiden, No Prayer for the Dying, est arrivé dans les bacs en 1990, pas mal de bière s'est écoulée dans les gosiers. Par conséquent, il y a bon nombre de questions à poser à notre affable bassiste. Bien sûr, il y a le nouvel album, enregistré dans le studio moderne chez Harris lui-même, et un opus que nombre de fans de Maiden vont trouver assez surprenant en raison de sa diversité et des thèmes abordés. Et puis, il y a des éléments plus personnels, comme la politique du groupe et les relations au sein d'Iron Maiden. De plus, beaucoup perçoivent l'apparition de Maiden à Donington comme un tournant décisif dans la carrière du groupe. En d'autre termes : s'agit-il de la fin du voyage pour Maiden ? Harris, un homme à qui on a probablement déjà posé toutes ces questions des centaines de fois, est un interlocuteur obligeant, répondant à chaque question avec une grande introspection et une certaine résignation, mais avec toute la franchise qu'on lui connaît. En particulier, Fear of the Dark est peut-être l'album de Maiden le plus complet à ce jour, non seulement en termes de diversité, mais, et de façon plus importante, en ce qui concerne la composition. Alors qu'Harris avait toujours été le principal compositeur, on trouve cette fois-ci la contribution de presque tous les membres du groupe, à l'exception de Nicko McBrain, le batteur enjoué. 

Steve Harris : Je trouve ça très bien d'obtenir l'aide de tous les autres. Sur les deux premiers albums, j'ai pratiquement tout composé, et ce fut la même chose pour les deux qui ont suivi. J'ai toujours été assez prolifique, je crois, mais cela m'a causé pas mal de pression et c'est vraiment sympa que les autres s'y mettent aussi, c'est vraiment bien. Ça veut dire que la pression se relâche un peu et que je peux me concentrer sur d'autres choses, comme la production, par exemple.

 En ce qui concerne les collaborations sur Fear..., il y a une nouvelle veine de talent dans le groupe en la personne du guitariste survolté Janick Gers, l'homme qui s'est retrouvé jeté à l'eau sur No Prayer... quand il arriva pour remplacer Adrian Smith et qui fut enfermé en studio une semaine plus tard, avec seulement 2 jours pour fêter ça au pub ! Avec Fear... Gers eut plus de temps pour s'exprimer, composant trois morceaux avec le chanteur hyperactif Bruce Dickinson – le single actuel, « Be Quick or Be Dead », « Fear is the Key » et « Wasting Love » – tous trois représentant une prise de distance du groupe par rapport aux thèmes habituels historiques ou mythiques pour aborder des sujets plus modernes comme la corruption dans les affaires et le SIDA. Par ailleurs, il a également co-écrit quelques morceaux avec Harris, comme l'ironique « Weekend Warrior » et « The Apparition ». On trouve également des morceaux pour lesquels Bruce et Dave Murray ont collaboré – d'ailleurs ce dernier vient juste d'arriver chez Sanctuary au moment précis où Harris et moi commençons à parler de la longue carrière du guitariste dans le groupe ! – c'est-à-dire « Chains of Misery » et « Judas Be My Guide ». Les autre morceaux de l'album – Le furieux « From Here To Eternity », l'épique « Afraid To Shoot Strangers », le pensif « Childhood's End », « The Fugitive » et la chanson-titre – sont tous dûs à Harris seul. Alors, qu'en est-il de ses talents de compositeur ? Comment cela lui est-il venu ? Et quelle est la réaction de Maiden face aux morceaux que les musiciens apportent ? Y a-t-il une large part de critique venant d'Harris ou s'agit-il d'une décision collégiale ? 

Steve Harris : La seule chose qui nous fait décider si une chanson va finir sur l'album est si elle est bonne ou non, et c'est tout. Je veux dire, Nicko n'a jamais rien écrit, mais s'il arrivait avec un bon morceau, on le prendrait sans problème. Cela dépend aussi de l'état des collaborations d'un album à l'autre parce que, sur l'album précédent, j'ai pas mal composé avec Bruce, alors que cette fois-ci, on n'a rien fait du tout ensemble. C'est tout simplement parce qu'il a écrit avec Janick, puis j'ai écris avec Janick, et puis on en a eu assez. Ce n'est pas la peine de composer 15, 16 morceaux parce que quatre d'entre eux ne seront pas sur l'album. Et qu'est-ce qu'on en fait, à ce moment-là ? Soit on en fait des « faces B », ce qui dommage s'il s'agit de vraiment bons morceaux, soit on les garde pour l'album suivant, ce qui veut dire qu'on les aura probablement oubliés. Mais bon, il ne faut jamais essayer de composer spécialement des « faces B », sinon on obtient des morceaux plutôt médiocres, et ça, ça ne va pas. C'est pour ça qu'on déconne un peu sur les faces B, avec des morceaux de Blues mielleux ou des chansons stupides sur Rod. On se marre plus comme ça.

 C'est une méthode de travail assez inhabituelle et, comme l'admet Harris, cela va à l'encontre de l'auto-satisfaction dont font preuve beaucoup d'autres groupes. 

Steve Harris : Le truc avec Maiden, c'est qu'on est pas un groupe qui compose 20 ou 30 morceaux, puis qui se gratte la tête en se demandant lesquels devraient aller sur le disque. Ça nous prend environ six semaines pour composer un album, puis on s'arrête. Je ne vois pas de raison de travailler autrement parce que si on se donne six mois, on va utiliser tout ce temps et on en aura encore besoin de plus. On s'y attelle et quand on a assez des morceaux, on enregistre l'album. Ça a toujours marché comme ça pour nous, alors je ne vois pas pourquoi on changerait.

 Mâchonnant ce qui semble être une sorte de petit gâteau matinal, Dave Murray, un individu surprenamment discret avec son sourire mystérieux, est immédiatement d'accord sur la manière efficace que Maiden a utilisé pour l'enregistrement et la composition lors de la dernière décennie. 

Dave Murray : Vraiment, je pense que ça ne vaut pas le coup de passer des années à composer un album parce qu'on a toujours fait confiance à ce qui nous semblait spontané. Certainement, avec cet album, c'est presque comme si tout devenait excitant à nouveau parce qu'on a des liens encore plus étroits entre nous en tant qu'individus. Tous les cinq, on s'est vraiment découverts, ce qui est bizarre parce que ça fait un bout de temps qu'on est ensemble. Je pense qu'une autre chose est que certains dans le groupe ont fait d'autres choses en dehors de Maiden, ce qui fait qu'ils sont revenus en se sentant vraiment rafraîchis.

 Perçu comme "le discret" de Maiden, Murray, ainsi qu'Harris, est le seul membre du groupe qui est resté depuis leur tout premier album éponyme en 1980. Est-ce que le fait qu'il a si peu composé (il arrive tout juste à revendiquer une dizaine de morceaux !) est dû à une approche différente de celle du "galope et saute" que Maiden a appliqué depuis maintenant plus de dix ans ? 

Dave Murray : Ben, je n'ai pas écrit autant de morceaux que Steve ou Bruce parce que leur composition est pltôt puissante. Mais si j'ai des morceaux, je veux m'assurer qu'ils conviendront vraiment au groupe. La vérité c'est que depuis que je suis arrivé chez Maiden, en 76, j'ai bénéficié de cet énorme tremplin qu'est la composition de Steve afin de faire ce que je voulais en tant que guitariste. Il y a suffisamment de place pour s'épanouir et je n'ai jamais eu envie de partir en solo pour faire un album Jazz Funk ou quelque chose comme ça. J'adore être dans ce groupe et la façon dont ont joue me laisse une complète liberté. J'ai bien quelques trucs que j'ai composé à la maison, mais dès que j'ai des jours de congé, je préfère les passer avec ma famille plutôt que de bidouiller. Ça ne veut pas dire que je n'en fais rien, mais je content de la manière dont se passent les choses au sein du groupe. Le seul truc qui me travaille en ce moment est de rattraper mon handicap au golf contre Rod !

 En dehors du golf (!!!), Harris garde également la tête froide et est heureux de l'état des compositions de Maiden. 

Steve Harris : Je n'ai pas énormément de composition chez moi pour me dire : « Oh, je vais mettre ça sur un album solo » ou quelque chose dans le genre. Je ne compose pas tout le temps. J'ai des bandes avec tout plein d'idées dessus, mais c'est à peu près tout. Je ne pense pas avoir assez de temps pour ça, sinon je pèterais les plombs. Je ne suis pas comme Bruce qui peut faire cinq choses en même temps, je ne me concentre que sur un seul truc et ça m'occupe complètement. Je pense qu'à l'exception de Bruce il en est de même pour les autres. Il se passe tant de choses dans le groupe et dans les morceaux qu'on s'écroulerait si on en faisait plus !

 En ce qui concerne Fear of the Dark, on y trouve la diversité déjà évoqué, mais il y a une absence évidente de « twin lead » qui caractérise habituellement le groupe. Murray est prompt à réagir sur ce point. 

Dave Murray : Je pense qu'on a déjà utilisé pas mal d'harmonies dans le passé et tout le monde s'y est habitué. Mais avec cet album, ce n'est pas qu'on a consciemment essayé de s'en débarrasser, mais ça ne collait simplement pas. Il y a un classique sur l'album appelé « Afraid To Shoot Strangers » où on aurait pu mettre des harmonies un peu partout, mais ça nous a paru superflu, alors on les a enlevées. Parfois, ces harmonies adoucissent la sauce un peu trop et on a eu l'impression que, bien qu'on utilise des claviers pour ajouter à la texture des morceaux, il ne fallait pas que ces morceaux perdent de leur puissance.

 Le morceau en question est une petite épique de 7 minutes qui ressemble un peu à un hybride Maiden/Tull, quelque chose de plutôt surprenant en fait ! 

Steve Harris : Je prends vraiment ça comme un compliment ! Je suis très content de ce morceau. De mon point de vue et de toutes mes propres compositions, c'est vraiment l'une de celles que je préfère. J'ai toujours aimé les trucs progressif de toutes façons. C'est pour ça que j'aimais Seventh Son, en raison de cette influence progressive des années 70, et ce morceau en est la continuité.

 Pour Maiden, cela signifie que, pour un groupe qui a souvent été critiqué pour sa stagnation, le groupe a commencé à faire quelques changements dans divers domaines, notamment en ce qui concerne la diversité musicale. 

Steve Harris : C'est bizarre, mais beaucoup de monde nous a parlé de la diversité sur ce nouvel album, mais on a toujours eu des morceaux sur nos disques qui n'étaient pas « typiques ». Il n'y a qu'à prendre « To Tame a Land » sur Piece of Mind. Même en remontant au premier album, on trouve des morceaux comme « Remember Tomorrow » et « Strange World » qui sont loin d'être du pur Metal. On ne se préoccupe pas de ce qui est en vogue ou de ce que les gens pensent de nous. Si c'était le cas, cet album sonnerait comme du Funk Rap Thrash, tu ne crois pas ? Non, ce serait du Death Metal, pas vrai ?

 À un autre niveau, il y a d'autres changements chez Maiden et cela saute aux yeux avec l'illustration de la pochette de Fear... qui ne représente pas Eddie tel que le peint l'artiste attitré du groupe Derek Riggs, mais qui dépeint une version bien plus sinistre de ce personnage issue de l'imagination d'un certain Melvyn Grant. 

Dave Murray : C'est vraiment marrant la façon dont les gens prêtent attention à Eddie. On s'est dit que, comme on avait changé autant musicalement et qu'on avait une production des années 90, on allait changer un peu plus. Il a l'air encore plus méchant, comme s'il avait une sacrée gueule de bois !

 Si le visage de Maiden a quelque peu changé, il reste toutefois une constante en ce qui concerne le son : la présence du producteur Martin Birch qui est avec le groupe depuis leur deuxième album, Killers, et qui s'est fait aider par Harris cette fois-ci. Mais est-ce que Maiden a jamais considéré prendre quelqu'un d'autre? 

Dave Murray : Je ne crois pas, Martin est un peu comme un psychologue pour nous ! Quand on travaille à faire des overdubs et d'autres trucs, on ne voit pratiquement personne à part Martin. C'est lui qui te botte le train, qui te permet de te concentrer sur les morceaux. Ceci dit, Steve s'est toujours pas mal impliqué dans la production et cette fois-ci il a pris encore plus de responsabilités. Mais cela n'a rien à voir avec le fait qu'on a enregistré l'album chez lui !

 Cet album, enregistré aux studios Barnyard tout neufs de chez Steve, est beaucoup plus "relax", comme Harris l'admet lui-même. 

Steve Harris : On a toujours aimé enregistrer des albums de toutes façons et avoir le luxe d'être dans notre propre studio nous a empêché d'avoir trop de distractions. Beaucoup nous ont dit : « Oh ouais, mais il y aura les gamins autour » et des trucs dans le même genre, mais on s'est débrouillé.

Dave Murray : Avant, quand on enregistrait à Londres ou ailleurs, il nous arrivait tout plein de petits problèmes qui nous déconcentraient, comme une femme de ménage qui débarquait au milieu d'un solo ou un chauffeur de taxi qui cherchait quelqu'un. Cette fois, nous nous sommes isolés et cela voulait dire que, au lieu de quitter le studio et d'aller au bar du coin, on pouvait rentrer à la maison est décompresser. Ce fut beaucoup plus agréable et relaxant.

 En dépit de l'atmosphère décontractée chez Maiden, l'ambiance d'un studio, où qu'il soit, ne provoquue-t-elle pas parfois certaines frictions entre les membres du groupe ? 

Steve Harris : En général, on s'entend plutôt bien. La seule chose qui se produit sur chaque album est que Nicko et moi avons une bonne grosse engueulade ! Quand je dis engueulade, je ne veux pas dire qu'on en vient aux mains, mais ça gueule fort. Tu peux être sûr qu'il va péter les plombs à un moment ou à un autre, et que je vais péter les plombs en retour. Mais ça s'arrange toujours au final.

Dave Murray : Les esprits s'échauffent à l'occasion. C'est du genre : « Inscrivez-moi donc pour une engueulade de deux minutes » « Une engueulade de cinq minutes vous coûtera plus cher, monsieur » C'est plutôt sain et, la plupart du temps, si une décision doit être prise, c'est assez diplomatique. On a tendance à voter à la majorité et la décision est prise.

  C'est bien joli d'admettre qu'il y a des engueulades et que les esprits s'échauffent parfois, mais y a-t-il de véritable chocs de personnalités au sein de Maiden, à la fois dans le studio et à l'extérieur ? Après tout, ils sont ensemble depuis suffisamment longtemps pour avoir eu l'occasion de jeter l'éponge déjà plusieurs fois et il y eut de nombreuses spéculations dans la presse à ce sujet... 

Steve Harris : Depuis que Nicko est arrivé en 1983, la formation a toujours été très stable. On ne s'est pas séparé quand Paul est parti, mais c'est probablement ce qui serait arrivé s'il ne l'avait pas fait. On a toujours senti que le groupe avait le feu sacré et l'esprit pour continuer, alors il n'y jamais été question de se séparer. Quand quelqu'un partait, c'était un gros choc, mais on arrivait toujours à s'en sortir pour continuer. Quand Adrian est parti, on s'était plus ou moins rendu compte que quelque chose n'allait pas. Avant l'enregistrement de Seventh Son..., on lui a demandé s'il avait encore la moëlle, et il nous a dit que oui. Pendant la tournée, c'était évident qu'il ne s'amusait plus. Pour l'instant, il n'y a pas de mauvais sentiments ni rien du genre chez Maiden et tout le monde se donne encore plus à fond qu'avant d'après ce que je peux voir, parce qu'on a tous eu le temps de décompresser. Certaines personnes ont tendance à questionner Bruce à ce sujet parce qu'il fait tout un tas d'autres choses à côté et les gens se demandent s'il va partir. Ça n'a rien à voir. C'est juste quelqu'un d'hyperactif et c'est tout. Il écrit des bouquins pendant les tournées alors que nous autres sommes en train de dormir ou de regarder la télé et il s'implique vraiment dans ce qu'il fait. Je pense que s'il avait quelque doute que ce soit au sujet de Maiden il nous en ferait part, en fait, je suis convaincu qu'il le ferait.

 Pour Harris, a vie sans Maiden est, en ses propres termes, "quelque chose auquel je n'ai jamais pensé, rien d'autre ne pourrait être aussi excitant", et il est heureux de toujours pouvoir jouir pleinement de tous les aspects du groupe. Mais quel effet cela fait-il d'être considéré comme une institution britannique après plus d'une décennie ? 

Steve Harris : Hein ?! J'en sais rien. Nan, on préfère être considéré comme une légende vivante ! Sérieusement, on n'y pense pas, c'est votre boulot à vous les gens de la presse d'analyser toutes ces conneries. Si on le faisait, on aurait une grosse tête pas possible ! C'est quelque chose de trop proche de nous pour qu'on puisse être objectif. Un chose que je peux dire, c'est que je suis stupéfait qu'on ait gardé tous nos anciens fans tout en en récoltant de nouveaux à chaque tournée. Il y a même des gamins de 12 ans qui viennent nous voir maintenant. Ils n'étaient même pas nés quand on a commencé ! C'est à en tomber sur le cul ! C'est super et j'espère que ça continuera aussi longtemps que possible parce qu'on aime toujours ce qu'on fait et on se défonce vraiment sur scène.

 En gardant ça à l'esprit, combien de temps cela va-t-il prendre avant que le "défonçomètre" commence à donner des signes de faiblesse ? Combien de temps reste-t-il avant que Steve décide qu'il est temps de retirer son pied du pauvre retour usé jusqu'à la corde ? S'en rendront-ils compte quand auront atteint leurs limites ? 

Steve Harris : Je pense qu'on le saurait si on commançait à donner des signes de fatigue. Certains on déjà dit ça il y a quelques tournées, qu'on s'essoufflait ou je-ne-sais-quoi. On peut toujours en discuter. J'aime à penser qu'on ne monte pas sur scène et qu'on trime, parce qu'on est pas comme ça. Je suppose qu'on s'en rendra compte quand il sera temps de jeter l'éponge, mais pour le moment on continue et on a la pêche. Il n'y a pas de « Et merde, 'faut aller au turbin », on aime vraiment ça. C'est différent de ce que c'était il y a 12 ans, bien entendu, mais je m'éclate toujours autant en tournée, voire plus. Je trouve qu'on est encore meilleur qu'on était à l'époque mais, comme je l'ai dit, on peut toujours en discuter.

 Avec Maiden, il y a bien sûr un autre facteur qui entre en jeu : celui de la nostalgie, avec ceux qui racontent leurs histoires du "bon vieux temps au Ruskin Arms, au Marquee ou au Rainbow"... 

Steve Harris : Ouais, quand un groupe sort ses premiers albums, ceux qui les ont connus depuis le début gardent de très bons souvenirs de ces premiers jours. D'un certain côté, c'est mieux de demander aux fans plus récents ce qu'ils en pensent parce qu'ils ne peuvent pas comparer avec « avant ». S'ils sont d'accord pour dire qu'on a toujours la patate, je préfère les écouter eux plutôt que les fans plus anciens qui auront une attitude différente parce qu'ils ont plus ou moins grandi avec tout ce cirque. C'est comme moi qui suis fan de Jethro Tull et de Golden Earring. J'ai choisi ces deux exemples parce que ça fait un bout de temps que ces groupes sont là, et ils ont commencé bien avant nous, mais j'en suis fan depuis presque 18 ans et ils existent toujours. Pour moi, j'irai toujours les voir et j'apprécierai ce qu'ils font, mais ceci dit, il est évident que leurs premiers albums me sont plus chers parce que je les ai connus quand j'étais gamin. Ça ne veut pas dire que je ne suis plus fan, mais il est sûr que je n'irais plus faire la queue pour acheter leur dernier album dès sa sortie.

 La file d'attente serait pourtant bien réduite dans le cas de Golden Earring ! 

Steve Harris : Hé, commence pas à chier sur l'un des mes groupes préféré ! Ils sont toujours très populaires en Hollande et en Allemagne. Non, j'ai choisi ces deux groupes pour essayer de faire le lien avec Maiden, mais je ne pense pas que ce soit la même chose. J'en sais rien.

Dave Murray : Je pense que quand les gens nous demandent en quoi les choses ont changé, il est impossible de dire ce que c'est parce qu'on ne s'est pas ramolli. On n'a pas fait de disques qui passent en radio et quand il s'agit de monter sur scène, on fonce. C'est dans le sang, cette ruée d'adrenaline. Je pense qu'on a bossé plus pour ça en raison du succès qu'on a eu. On n'a peut-être pas fait beaucoup de tournées ces dernières années, parce qu'on n'a pas fait de tournée qui nous a abattus ou rien du genre, mais on s'éclate encore plus maintenant parce qu'on a un peu plus de temps pour ça.

 Effectivement, en ce qui concerne les tournées, si ces quelques dernières années on été plus calmes pour Maiden, la période entre Killers et leur cinquième album, Powerslave, a vu le groupe constamment sur la route. Étonnamment, avec le recul, on s'aperçoit qu'ils ne sont jamais tombés dans les excès qui caractérisent pourtant souvent une telle intensité. 

Steve Harris : En fait, ça dépend de ta manière de voir les choses. Tu dois faire la différence entre ce qui se passe sur scène et ta vie normale. J'en sais rien, il y en a beaucoup qui n'arrivent pas à déconnecter quand ils sortent de scène. Il me semble que c'est le cas de nombreux groupes américains. Il se sentent obligés de jouer la comédie et ils ne font plus la différence entre la vie réelle et les tournées. Ce n'est pas que les tournées ne soient pas réelles, mais c'est assez particulier et ça peut devenir vraiment dingue si tu n'y fais pas attention. J'ai toujours su prendre mes distances. Si j'ai un truc à faire, j'y vais et je le fais, et une heure plus tard je serai en train de faire complètement autre chose et je me débrouille très bien comme ça. C'est dans ce cas que j'admire également Bruce parce qu'il est capable de passer du coq à l'âne beaucoup plus rapidement que moi quand nous sommes en tournée. Il y a des fois où je suis sur le cul de voir le résultat, parce que c'est toujours excellent. On n'y pense pas vraiment et on cherche pas à creuser jusqu'à ce qu'on donne ces interviews, remarque, alors ça fait plutôt bizarre ! Ce qui est dingue, c'est que les gens nous rencontrent juste après nous avoir vus sur scène où on court dans tous les sens, et ils s'attendent à ce qu'on fasse la même chose, ce qui est ridicule. Tout ce que je peux dire c'est que j'ai rencontré des groupes américains, et notamment un dont je ne citerai pas le nom, avec qui j'ai eu des conversations tout à fait normales, mais dès que des visiteurs se pointent c'est « Tout le monde change d'attitude ! ». Il y avait ce type qui mordait le sein de cette nana et qui devenait complètement dingue. Puis, quand les visiteurs se sont cassés, tout le monde est redevenu normal. Je ne sais pas, je me suis juste dit : « Il y a quelque chose qui cloche ». Tu vois ce que je veux dire ! Vraiment, vraiment bizarre.

 Alors, qu'est-ce qui fournit à Steve et à Maiden un ancrage dans la realité ? 

Steve Harris : Le fait d'être Anglais, je crois ! J'en sais rien. Il m'arrive de me sentir bizarre après une tournée, mais c'est seulement dû au fait de rentrer à la maison après une longue absence et c'est dur de se réhabituer. Pas dans le sens de faire des trucs dingues ou de péter les plombs, mais c'est une question d'emploi du temps. Ça me paraît normal de voir mes potes. Ce que je veux dire avec cette histoire d'Angleterre, c'est que si tu rentre au pays et que tu commence à te comporter bizarrement, au pub ou ailleurs, il y aura toujours quelqu'un pour te dire : « Mais putain, qu'est-ce qu'il t'arrive ? Retourne à Los Angeles ! » On ne se comporte pas comme ça de toutes façons, mais on s'en rendrait vite compte si c'était le cas, ce qui est bien, finalement. Qui veut être comme ça de toutes façons ?

 Le côté très "British" de Harris est quelque chose qui va jusque dans sa manière de s'habiller. Ses voyages aux Étas-Unis lui ont également donnée une perspective réaliste sur la différence entre les fringues américaines et leurs contreparties britanniques. 

Steve Harris : Je crois qu'un groupe qui veut vraiment réussir doit avoir une certaine conviction, mais celle-ci peut être différente si tu viens de Grand-bretagne. Un groupe anglais va d'abord se dire qu'il veut jouer sur scène et composer ses propres morceaux. En Amérique, c'est différent et des groupes peuvent monter sur scène en jouant des reprises et se faire du fric avec ça, ce qui n'est pas possible ici, alors il faut trimer. Aux US, il y a plein de groupes avec d'excellents musiciens qui se confinent dans des clubs à jouer des reprises parce que la paye est bonne, alors qu'ici il n'y a pas le choix. Je ne sais pas lequel est bien ou mal, mais il en résulte une énorme différence d'attitude en raison des différentes situations, et ça fait bizarre de s'en rendre compte de visu.

 L'intérêt que Steve porte à la scène britannique l'a conduit à s'occuper d'un jeune groupe londonien, British Lion. Qu'en est-il ? 

Steve Harris : Eh bien, ils sont en train de changer certains membres du groupe et il sont sur le point de finir le mixage de leur album, ainsi qu'une vidéo. Tout ce que j'ai voulu faire est de leur donner un coup de main jusqu'à ce qu'ils trouvent un manager ou un contrat avec une maison de disques. En fait, je crois en leurs morceaux. Ce n'est pas un groupe de Metal, mais plutôt un groupe de Rock et ils font vraiment dans le commercial, mais je pense qu'ils sont vraiment très bons et qu'ils méritent qu'on leur donne une chance. C'est comme pour de nombreux groupes anglais. Au moins, il y a quelques groupes qui émergent en ce moment. Wolfsbane, Gun, The Almighty et même Little Angels, ces derniers faisant aussi du commercial mais qui sont vraiment bons. Tout cela est très sain parce qu'ils sont tous très prometteurs. À part ça, il y a ceux qui tournent dans les pubs et dans les clubs, mais qui sont moins intéressants parce qu'ils ne semblent pas écrire de bons morceaux. C'est bizarre. Ce qui me sidère c'est que la plupart de ceux dont j'ai entendu les bandes sonnent plutôt américains. Ceci dit, certains me diront que British Lion sonne américain aussi parce que c'est du commercial, mais pour moi, ils ont quand-même ce truc que les Américains n'ont pas. C'est ce feu sacré qui fait toute la différence. Mais ce qu'il faut vraiment faire, c'est sortir et jouer.

 Et c'est ce que Maiden a fait avec succès, recommençant une fois de plus cet été pour 12 mois. Pour l'instant, rien n'a filtré concernant les groupes de première partie, à l'exception de WASP dont l'apparition a été confirmée. Leur excitation en ce qui concerne leur tête d'affiche à Donington pour la deuxième fois est toutefois évidente, avec Murray et Harris se souvenant encore avec enthousiasme de leur performance en 88. 

Dave Murray : C'était tellement incroyable que j'ai encore du mal à croire que ça s'est vraiment passé ! C'était comme escalader une montagne et arriver au sommet. Tout le monde parle de combien c'est super de jouer à l'étranger ou en Amérique, mais pour nous c'est l'Angleterre qui compte et Donington est le plus grand festival que l'on puisse faire. J'ai hâte d'y être.

  Mais la vraie question est de savoir s'il s'agira du baroud d'honneur de Maiden... 

Steve Harris : Oh, non, pas ça encore ! On nous déjà posé la même question en 88 ! Ça fait cinq ans qu'on entend ça et c'est bizarre parce qu'on se demande toujours d'où ça vient. On n'a rien annoncé qui pourrait faire croire qu'on laisse tomber. Il n'y a pas de publicité au sujet d'une tournée d'adieu afin de vendre plus de billets et, d'autant que je sache, nous reviendrons jouer en Angleterre en février de l'année prochaine, j'espère. En fait, on ne peux pas savoir ce que l'avenir nous réserve en ce qui concerne les tournées, mais cette fois, on fonce. Il ne sera pas question de ramer !

Dave Murray : Les tournées en général et surtout jouer à Donington une fois de plus c'est comme un rêve qui se réalise. Je sais que ça fait con, mais pour moi c'est comme tout ce que j'avais imaginé quand je regardais T-Rex à la télé ou Sweet à Top Of The Pops quand j'étais gamin ! C'est incroyable. Je suis toujours aussi excité ! Que dire de plus ?


 

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 Steve Harris – May 1992
 Interviewé par Kerrang!
 Source : Kerrang!
 Contributeur : The Ancient Mariner

Steve Harris a joué au football pour les deux. Bon, d'accord. Le dernier match était pour une œuvre caritative mais il a eu la chance de porter le fameux maillot national et de fouler le terrain sacré de Wembley ! Maintenant que le championnat de Coupe d'Europe a débuté en Suède, au moins la moitié de Kerrang!, 'Arry lui-même, Stefan Chiraz et de nombreux autres métalleux – sûrement plus que vous ne l'imaginez – ont attrapé la fièvre du ballon rond et espèrent que l'équipe nationale va cartonner...

Je ne suis pas, mais vraiment pas, un type jaloux. J'en vois de toutes les couleurs avec ces rockers – les bagnoles de sport, les millions de dollars, les grosses baraques et les résidences secondaires dans des lieux paradisiaques. mais quand Steve Harris me dit : «Glenn Hoddle m'a fait une passe... », alors une jalousie épaisse et virile se rue dans mes veines. Steve Harris a joué au foot avec le Roi, mon héros, Glennda ! Et en l'espace d'une heure, j'ai appris que le capitaine d'Iron Maiden depuis plus de dix ans s'est débrouillé pour réaliser deux de ses rêves d'enfant. Ce veinard est allé jouer avec les plus grands internationaux du football en plus d'avoir fait la tête d'affiche de Donington, de Rock in Rio et de Madison Square Gardens. On croit rêver ! Et au lieu de faire la gueule, vous feriez mieux de lire les lignes qui suivent. Vous y apprendrez que le football et le Metal ont énormément de points communs...

 

 En 1972, à l'âge de 14 ans, Steve Harris se vit offrir une période d'essai par son équipe préférée, West Ham, en vue de faire peut-être une carrière professionnelle. 

J'ai été sur leurs registrer pendant environ huit mois et je jouais tous les jours de la semaine entre West Ham, mes clubs du samedi/dimanche et l'équipe de mon école. Je jouais le samedi après-midi pour un club auquel j'appartiens toujours, le Melbourne Sports, et le dimanche pour Beaumont Youth, où j'avais été remarqué par un célèbre recruteur pour West Ham du nom de Wally St Pier. J'ai eu du mal à y croire quand on m'a dit que West Ham était intéressé. C'était super, mais 14 ans n'est pas un bon âge, en fait, parce que tout ce qui m'intéressait était de m'envoyer quelques bières et de rencontrer des gonzesses – ce qui ne colle pas vraiment avec le football. Ils veulent que tu te couches tôt et d'autres trucs dans le genre. D'un certain côté, ça m'a ôté mes illusions parce que je me suis dit que si je ne peux pas m'impliquer à fond dans un club que j'adore, alors que puis-je faire ? Ça m'a foutu un coup, en fait. Si cela s'était produit il y a deux ans, alors les choses auraient été différentes. D'un autre côté, Iron Maiden était quelque chose où je me donnais à fond. Je ne sais pas pourquoi – ça doit être parce que je pouvais toujours m'envoyer des bières et rencontrer des gonzesses. HA HA HA !

 Les points communs entre jouer au football et jouer dans un groupe sont relativement nombreux, comme l'explique notre homme. 

Tu joues devant tout plein de monde, tu dois vraiment te donner à fond et être déterminé, et les deux sont des carrières de relativement courte durée.

 Donne-nous une description du Iron Maiden FC en ce qui concerne les joueurs. 

Eh bien, Dave Murray ne joue pas vraiment beaucoup au football. Il n'a joué pour l'équipe Maiden que deux ou trois fois. Il a marqué un super but en Pologne quand on a joué là-bas – mais c'était un de buts où le ballon aurait pu tout aussi bien finir sur le poteau ! Il est plutôt discret, timide, souriant et tout ça, ce qui ne correspond pas du tout à la plupart des joueurs qui tendent à être beaucoup plus tenaces. Bruce est une espèce de Billy Bonds : il peut être agressif, il a une forme d'enfer et, s'il jouait plus souvent au football, il pourrait être une vraie dynamo de milieu de terrain. Les quelques fois où il a joué avec nous, on lui a dit de marquer les opposants sur le terrain parce qu'il fonce et leur rentre dedans ! Nicko a été notre gardien de but jusqu'à ce qu'il se blesse quand on a joué contre Rainbow ; c'était un tir 50-50 et Nick l'a attrapé, mais le gars lui est rentré dedans et lui a bousillé le dos, et donc il ne peut plus jouer. Il était plutôt bon dans les buts, et complètement taré, un peu comme Vinny Jones ! Janick est aussi un bon gardien de but, mais on ne peut pas le laisser jouer en tant que tel au cas où il se bousillerait les doigts. Une fois, il a marqué un but CONTRE l'équipe Maiden, et c'était un super match... Je ne l'ai presque pas engagé à cause de ça !

 Et toi ? 

Je ne sais pas... Il m'est un peu difficile de parler de moi.

 Harris a écrit la chanson "Weekend Warrior" sur son dernier album, dont les paroles parlent du hooliganisme, et je me suis demandé s'il n'avait pas eu une jeunesse "turbulente" de ce point de vue... 

Ouais, bon, quand j'avais 13-14 ans, j'avais les Doc Martens et les bretelles. Je n'ai jamais eu la coupe skinhead, remarque, je n'ai jamais aimé la violence, mais c'était plus une question de mode, je crois. Je ne suis jamais allé chercher la baston et j'étais plus intéressé par le . Si c'est le football qui t'intéresse, alors je suis convaicu que tu ne peux pas être un hooligan. À mon avis, les hooligans sont des branleurs. J'étais une fois en Hollande, et c'était l'anniversaire de leur Reine ou un truc comme ça. C'était un jour de fête nationale alors on était dans un bar à picoler toute la journée quand ce type s'est pointé. Un fan de Maiden, mais il me fait : « Tu supportes West Ham, t'es un hooligan ? » J'ai dit : « Pardon ? Non ! » Il me sort : « Oh, moi je suis un hooligan, je supporte le PSV Eindhoven et j'adore les bagarres... » Puis il a commencé à me dire combien il était fier d'arborer l'Union Jack et tout ça. Alors je lui ai dit : « Écoute vieux, t'as rien pigé, il ne s'agit pas de ça. » Je n'arrivais pas à croire qu'il était fier d'être un hooligan – apparemment il n'allait pas bien ! Mais les choses vont mieux. Je suis allé voir West Ham plusieurs fois cette année, même si je joue moi-même le samedi, et je n'y ai vu aucun signe de troubles. J'ai même emmené ma fille de huit ans à un match ; je ne pensais pas qu'elle serait intéressée, mais elle a vraiment aimé ça ! J'ai hâte que mon gamin grandisse... Il n'a que 18 mois, mais il tape déjà dans le ballon ; il va falloir que je lui apprenne à dire « West Ham » , si tu vois ce que je veux dire ?

 Bien sûr que je vois. Comme je viens tout juste d'être papa moi-même avec Zak Chirazi, je comprends parfaitement. Mon gamin avait un t-shirt des Spurs [NdT : Tottenham] quand il est rentré de l'hôpital... 

Ouais, moi c'est pareil, le nôtre avait un t-shirt avec « I dribble better than the Hammers » marqué dessus. [NdT : le jeu de mots est sur le mot « dribbler » dont la signification première est « baver »]

 Je n'ai aucun doute que, quand il s'agit de fanatisme, les fans d'Iron Maiden remportent le premier prix. Maiden est pour eux ce que les Hammers sont pour Harry ou les Spurs pour moi. 

Ouais, et c'est un autre point commun entre le football et nous ; ils suivent le groupe comme on suit une équipe de foot. T'as entendu parler de ce type qui a fait changer son nom pour « Iron Maiden » ? On l'a invité à la soirée pour fêter le sortie de l'album. Au début, je ne pensais pas qu'on puisse être assez dingue pour faire ça, mais il adore le groupe au point d'avoir changé de nom pour se faire appeler Iron Maiden. J'ai discuté avec lui et il ne m'a pas paru être givré ou con, en fait c'est un type plutôt calme et sympa, tout à fait normal. Ce genre de truc fout un peu les boules, tu sais ces histoires d'influence qu'on peut avoir. Je comprends parfaitement le fanatisme, mais je n'irais pas changer de nom pour me faire appeler West Ham. Ce qui est marrant est que, où qu'on aille dans le monde, on voit toujours une écharpe de West Ham au moins une fois par semaine. Une fois, on nous a balancé un Union Jack sur la scène à New York, avec « West Ham » écrit dessus. Et il y a ce type de la région de New York qui s'était fait tatouer Eddie sur le bras avec « Up the Hammers » en-dessous ; il n'avait aucune idée de ce que cela voulait dire ! Je le lui ai dit et il s'en foutais. Je dois avouer que j'aime assez West Ham pour me faire faire un tatouage. En fait, je considère sérieusement m'en faire faire un. Mais pour moi, West Ham c'est pour la vie, j'irai les voir jusqu'à la fin. Alors que Maiden ne sera pas là éternellement...

 Combien de joueurs as-tu rencontré qui sont aussi des fans de Heavy Metal ? 

Terry Butcher (manager de Coventry City jusqu'à l'année dernière) est un grand fan de Maiden et de Metal ; il venait nous voir quand on jouait à Ipswich, au Gaumont. Si on allait chez les Rangers, il venait nous voir à Glasgow, un vrai fan. Paul Mariner (ex-Ipswitch, désormais entraîneur en Amérique du Nord) est un autre vrai fan, il est venu à plusieurs de nos concerts. J'ai entendu dire que Stuart Pearce (Nottingham Forest) aime bien le Rock, et que Charlie Nicholas (Celtic) aime aussi le Hard Rock. Je rencontre quelques-un de ces joueurs quand on a un match de charité...

 Parmi les autres joueurs avec lesquels Steve Harris a partagé le terrain, on trouve Glenn Hoddle, Gerd Muller, Rene et Willie Van der Kirkhoff, Frank McAvennie, Paul Allen, Nayim, Archie Gemmill, Steve Coppell, Frank Worthington... 

Ouais, pour le match de la Vieille Angleterre contre la Vieille Écosse. On avait l'équipement complet quand on s'est aligné pour l'hymne national. C'était il y a deux ans, avant la finale du trophée Freight-Rover, je crois. On a fini à un partout après un match fantastique à Wembley. Tu sais, je connais Dave Watson (fan de Status Quo et ancien demi-centre pour l'équipe d'Angleterre) vraiment bien...

 Il est fan de Maiden ? 

Ce qui est marrant est que son fils l'est, alors David l'a emmené à un de nos concerts et nous sommes devenus amis ! C'est lui qui me contacte pour ces matches de charité. Mais la plupart du temps, j'ai du mal à croire que je joue sur le même terrain que certains joueurs – je me sens gêné parfois. J'imagine ce que les gens pensent : « Oh, il n'est là que parce qu'il est dans un groupe, cet abruti à cheveux longs » et je crois qu'ils ont raison. Alors je suis vraiment intimidé. J'ai joué contre Palace la semaine dernière, et c'était intimidant parce que les autres étaient tous professionnels – mais je me suis vraiment bien démerdé... J'ai eu du bol, je crois. C'est pareil pour Joe Elliot... (qui aurait dû participer à l'interview si son emploi du temps avec Leppard l'avait permis) ...il a joué ce match de l'équipe d'Angleterre aussi et il joue pas mal d'autres matches. On s'appelle dès qu'il y a un match. En fait, on a joué en Irlande juste avant le match Irlande/Pays de Galles. Au début de la saison, je suis allé à Sheffield avec lui pour voir West Ham contre United – c'est lui qui sponsorisait le ballon ! Joe est un autre de ces fanatiques, il va à Sheffield pour tous les matches quand il n'est pas en tournée... et ce depuis l'Irlande !

 Es-tu toujours sur la terrasse ou préfères-tu les gradins? 

Je dois avouer que j'en suis à un point où j'en ai marre d'être à la terrasse sur la pointe des pieds à essayer de voir quelque chose, je suis un peu court sur pattes. Maintenant, je préfère être assis, bien que j'aie été debout pour le match contre Arsenal au début de l'année, et c'était super car on a gagné – c'est toujours super de battre Arsenal, pas vrai ?

 Quel fut le meilleur match pour Steve Harris, en tant que fan de West Ham ? 

Celui où on a battu Sunderland 8-0 sur notre terrain. Je ne me souviens pas de quelle année c'était, mais Geoff Hurst a marqué six buts et Brooking/Sissons ont marqué les autres. C'était tout simplement incroyable. Ils m'ont vraiment mis sur le cul ce jour-là, une performance parfaite. J'en avais presque les larmes aux yeux.

 Pour quel match de l'équipe d'Angleterre as-tu ressenti le plus d'émotion ? 

La demi-finale de la Coupe du Monde contre l'Allemagne. On était en tournée, sinon j'y serais allé.

 Et le meilleur match que tu aies joué, que ce soit avec le Maiden FC ou pour une œuvre caritative ? 

Certainement celui de Wembley contre l'Écosse. Je ne dirais pas que ce fut ma meilleure performance, mais rien que de jouer pour l'Angleterre à Wembley était fantastique. J'étais numéro 7 et je jouais en avant. Je n'ai pas marqué de but, c'est Tony Woodcock qui l'a fait.

 Quand tu joues contre Joe Elliot et "Sav" Savage, ou encore Ritchie Blackmore, ça devient violent ? 

Oh, tout le monde se donne à fond – c'est du sérieux ! Le gardien de but de Leppard s'est cassé deux doigts ; c'était du 50-50 et j'ai dégommé le ballon qu'il tenait dans les mains. Mais on ne le fait pas exprès, on ne va pas sur le terrain pour tuer qui que ce soit ou leur casser les jambes, mais on fonce quand-même.

 Quels sont les meilleurs joueurs contre lesquels tu as joué ? 

Joe est un bon joueur et Rick Savage vraiment bon aussi ; il a fait des bouts d'essai avec Sheff Wednesday. Blackmore est un excellent joueur, il devait l'être aussi étant jeune. J'ai joué à la fois dans la même équipe et contre lui ; il a marqué quelques buts pour nous en Allemagne. Quand il a le ballon, il est très difficile de le lui prendre. Il ne marque pas vraiment beaucoup, mais quand il a le ballon, il reste collé à ses pompes...

 Un peu comme Hoddle, donc ? 

Ouais, c'est un très bon joueur.

 Alors dis-nous, Stevie, et ne soit pas timide : quel est le meilleur but que tu aies marqué ? 

Tu peux demander à Joe (Elliot). C'était un but que j'ai marqué contre Def Leppard il y a quelques années, et je ne suis pas le seul à dire que c'était un super but. J'ai eu le ballon à environ 25 yards, j'ai dribblé quelques joueurs et je l'ai envoyé comme un boulet de canon avec mon pied gauche, pile dans coin en haut à droite...

 Steve Harris : un homme qui a réalisé ses rêves. Grand bien lui fasse. 


 

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 Bruce Dickinson – June 1992
 Interviewé par Henry Dumatrey
 Source : Hard Force Magazine (France) – Numéro 2
 Contributeur : Moute

« Fear Of The Dark » se voudrait l'album de la reprise pour IRON MAIDEN. Bruce Dickinson en est persuadé comme en témoigne l'ardeur avec laquelle il nous commente les textes qui y figurent et nous décrit l'état d'esprit du groupe. Malgré une heure matinale et une nuit, selon ses dires, mouvementée, Bruce s'est une fois de plus montré très loquace. Voici donc un tour d'horizon complet de l'album que vous avez sans doute déjà entre vos mains.

 

 

 

 

 Alors Bruce, as-tu écouté le nouvel album d'IRON MAIDEN ? 

Je pense que ça a dû m'arriver en effet !

 Qu'en penses-tu ? 

Je pense qu'il est franchement incroyable. C'est indiscutablement le meilleur album que nous ayons jamais fait !

 Alors là, tu vas trop loin pour être crédible ! 

Et pourtant je suis sincère. Je crois que c'est celui qui sonne le mieux dans toute la discographie du groupe. Pour ma part, je ne pense pas avoir aussi bien chanté depuis « Piece Of Mind ». Je crois que ma voix n'a jamais été aussi bien adaptée aux morceaux que sur « Fear Of The Dark ».

 IRON MAIDEN aurait-il trouvé une nouvelle orientation ? 

Je crois que c'est le cas. IRON MAIDEN a désormais les yeux fixés vers l'avenir. Nous ne regardons plus en arrière ; nous ne comparons plus ce que nous faisons à ce que nous avons fait dans le passé. C'est vraiment un nouveau départ pour le groupe.

 Vous semblez pourtant avoir retrouvé un esprit similaire à celui qui vous animait au début ? 

Oui, c'est aussi juste. Nous avons gardé le meilleur du passé. Il est également exact que nous sommes plus directs, il n'y a vraiment aucun doute sur les sujets dont nous traitons dans nos morceaux. Et la musique est vraiment très Hard, bien plus que pendant la période allant de « Powerslave » à « Seventh Son... ». Nous sommes désormais bien plus « concrets ».

 Peux-tu nous développer les sujets évoqués dans cet album et qui semblent te tenir très à cœur ? 

« Be Quick Or Be Dead» traite de l'argent, de l'affairisme, de la corruption. Il y a des gens qui sont censés diriger votre vie, régler les affaires financières, mais il est impossible de leur faire confiance car ils cherchent à te rouler à la première occasion. Mais si tu es obligé de travailler avec eux, la seule façon de t'en sortir c'est d'être encore plus vache qu'eux.

 Te sens-tu dans ce cas-là ? 

Non, nous avons des managers qui sont tout à fait adaptés à ce genre de situations ! Prenons un exemple : si tu es un groupe et que tu fais juste ce que ta maison de disques voudrait que tu fasses, alors elle n'hésite pas à te rouler. En revanche, si tu as un management assez puissant, il peut faire le poids et jouer le jeu vis à vis de la maison de disques. C'est le seul moyen de ne pas être abusé.

 Une maison de disques est-elle capable de rouler même de vieux groupes expérimentés ? 

Oh, sans l'ombre d'un doute ! D'ailleurs ça arrive tout le temps. Il faut être vigilant, savoir qui sont les malins, ce qu'ils font, et lorsque tu traites avec eux, il faut simplement être plus malin qu'ils ne le sont.

 Le second morceau, « From Here To Eternity » aborde-t-il un sujet aussi sérieux ? 

Non, c'est juste une franche rigolade, une plaisanterie. Dans ce morceau, on évoque le retour de la fameuse « Charlotte The Harlot » qui revient à l'arrière d'une moto. Il n'y a rien de bien important dans ce morceau, au niveau des textes en tout cas. Ce sera cependant notre second single car c'est un titre assez entraînant, même si les paroles ne sont pas vraiment très sérieuses.

 Bon, alors continuons d'évoquer pêle-mêle, les thèmes des morceaux de ce nouvel album. 

« Fear Is The Key » parle de la peur qui s'est désormais instaurée dans les relations sexuelles à cause du SIDA, bien entendu. « Sexe » est devenu synonyme de « peur ». Lorsque nous étions en train d'écrire les morceaux, nous avons appris la mort de Freddie Mercury. II y a une phrase dans « Fear Is The Key » qui est « personne ne prête attention tant qu'une célébrité n'est pas morte » et c'est, hélas, la triste vérité. Aux États Unis particulièrement, personne ne se souciait trop du SIDA jusqu'à ce que le joueur de basket-ball « Magic » Johnson annonce publiquement sa séropositivité. Tant que c'était uniquement des homosexuels ou des toxicomanes qui contractaient ce virus, les gens n'en avaient rien à foutre. Il a fallu attendre que des gens connus meurent pour que la masse se sente concernée.

 Un autre titre est « Childhood's End ». Sais-tu qu'il s'agit également d'une chanson de MARILLION ? 

Non, je l'ignorais. Je n'ai pas écrit ce morceau, c'est Steve qui en est responsable ! (rires) Cela parle du fait qu'il n'y a plus un seul endroit dans ce monde où les humains peuvent rester des enfants. En dix ans, nous avons presque fait disparaître l'eau, l'air, le soleil, et il faut maintenant être complètement cinglé pour avoir envie de mettre au monde des enfants vu l'état du monde actuel. Alors on se demande où tout cela va s'arrêter.

 Morceau suivant… 

J'allais oublier « Afraid To Shoot Strangers ». C'est à propos de la guerre du Golfe. Cela parle d'un soldat qui commence à tirer lors de la guerre du Golfe et il ne veux pas tuer qui que ce soit, mais, il sait que son devoir le poussera peut-être à en arriver là (ndj : entre nous, ils n'avaient pas besoin de s'engager si c'est le cas). Mais s'il ne tire pas, alors c'est, sans doute un autre qui risque de lui tirer dessus. Il n'a donc pas vraiment le choix. Le dilemme est cruel mais il n'y a pas d'autre moyen de s'en sortir.

 Penses-tu que la guerre du Golfe était, comme le prétendent certains, « nécessaire » ? 

Je pense que ce que les politiciens ont réellement voulu faire, c'est supprimer le potentiel militaire de l'Irak, toutes ses armes chimiques et ses projets de bombe atomique afin de le laisser désarmé. Je pense qu aucune guerre n'est bonne. J'ai vraiment beaucoup de sentiments divers au sujet de cette offensive armée dans le Golfe. Je ne parviens pas vraiment à savoir si elle avait vraiment une raison d'être ou non. Je dois avouer que je ne suis pas non plus systématiquement un grand pacifiste ; il y a des choses qui doivent parfois être faites. Il faut savoir se battre pour une cause juste et je suis persuadé que ce que Saddam Hussein a fait était complètement répréhensible. Ce qui est moins clair, ce sont les vraies raisons pour lesquelles les pays ont pris part à cette guerre. De toute façon, on nous a raconté trop de mensonges pour que nous puissions avoir une idée exacte de la chose.

 Enchaînons avec « Chains Of Misery »... 

« Chains Of Misery » parle du petit diable que nous avons tous en permanence sur notre épaule. Ce petit diable qui peut vous faire gâcher votre vie. Si par exemple, tu rencontres une fille, tu vis une relation fantastique, puis tout d'un coup tu fais une bêtise sans raison apparente : tu te dis... pourquoi suis-je en train de faire cela ? Tu ne sais pas vraiment pourquoi tu agis de la sorte mais tu as juste le sentiment qu'il faut que tu le fasses. Peut-être est-ce un sentiment de culpabilité qui te pousse, peut-être est-ce que tu ne te sens pas assez « bon » pour mériter cela ? Toujours est-il que tu agis contre ton propre intérêt sans vraiment savoir pourquoi.

 « Wasting Love » 

C'est à propos de ces gens qui passent leur temps à partager le lit des autres, à coucher avec tous ceux ou toutes celles qu'ils rencontrent sans donner ni recevoir ce qu'ils recherchent, tout simplement parce qu'ils sont très seuls. Il sont seuls à l'intérieur d'eux mêmes mais ils sont continuellement en action, collectionnant les aventures pour combler ce manque affectif.

 On dit souvent que les musiciens sont comme ça, qu'ils multiplient les rencontres durant les tournées... 

C'est vrai. Il m'est fréquemment arrivé de voir des gens dans ce cas. La vie sur la route est dure et je sais qu'il y a beaucoup de musiciens qui trouvent difficile d'être « ouvert émotionnellement » parce qu'il y a énormément d'angoisses et de sentiments qu'ils ne peuvent dire à personne et qu'ils gardent au fond d'eux mêmes. Ils pensent que dans leur position, il est impossible d'avoir des relations « vraies » avec les gens, alors ils vont au lit avec ceux du sexe opposé sans réfléchir.

 Penses-tu que toutes les relations dans le milieu de la musique sont faussées ? 

Non, pas toutes. Pour être honnête, je pense que parmi toutes celles-ci les relations avec les fans sont les plus pures. Parce qu'ils sont juste des fans et c'est tout. Ils aiment la musique et se foutent du reste.

 Et les groupies ? 

Je crois que si une groupie arrive vers un musicien et lui dit brusquement « j'ai envie de me faire mettre par toi parce que tu es un musicien », celui-ci ne sera pas intéressé. Mais si la groupie commence à discuter avec le musicien en lui mentant, lui disant qu'il est une personne formidable, si elle le flatte en fait, le gars sera plus tenté de dire « hum, tu as raison ! » (rires). Et c'est alors lui qui peut se mettre à y croire ils couchent ensemble, elle repart raconter à ses copines qu'elle a couché avec un musicien, que c'est pas terrible et qu'il en a une toute petite ! Les groupies ne sont la solution a aucun problème. Je ne connais personne qui ait été heureux de ce genre de relations, aucun musicien, et les groupies non plus au bout du compte.

 C'est un des mauvais cotés de la vie de musicien, en fait ? 

Non, il ne faut pas non plus exagérer. Le problème c'est que, lorsque tu es jeune et que tu trouves ces filles, c'est parfait tu es très content car tu n'a jamais autant baisé de ta vie. Mais arrivé à un certain point, tu réfléchis et tu te dis que tu ne sais rien d'elles, ni leur nom, ni ce qu'elles ont fait avant. Tu en arrives à la conclusion que la vie doit être faite d'autres relations que celles-ci. Alors tu n'as qu'une seule alternative ou tu continues sachant tout à fait que les relations que tu as sont faussées ou tu arrêtes.

 Et toi, quelle option as-tu pris ? 

J'ai arrêté de me faire des groupies au moment où j'ai rencontré une personne que j'aimais vraiment. Il y a huit ans de cela.

 N'est il pas difficile de trouver des gens et d'avoir des relations honnêtes lorsqu'on est célèbre ? 

Personnellement, j'essaye de rester assez naïf dans mes relations avec les gens. C'est très précieux à mes yeux. Le fait qu'il y ait des personnes méchantes ou mal intentionnées ne me fait pas changer. Pourquoi devrais-je devenir comme eux ? S'ils veulent être parano ou autre, je ne marche pas dans leur jeu. Quand je découvre qu'une personne ne correspondait pas à l'opinion que je m'étais faite d'elle, je lui dis simplement : « Tant pis, je pensais que tu étais quelqu'un de bien mais ça n'est pas le cas. Ça ne fait rien, à la prochaine ! » En fait je fais confiance aux gens. Je préfère car pour dix personnes malhonnêtes je rencontre une personne très bien et c'est celle-là qui compte. Et puis, de toute façon, mon radar a détecter les indésirables est assez développé maintenant !

 Continuons le survol de l'album. « The Fugitive ». 

C'est un des morceaux de Steve. L'histoire est assez directe. C'est un peu une aventure. C'est l'histoire d'un gars qui est en cavale, qui s'est évadé de prison et tout le monde est à sa poursuite. Cela donne un texte assez paranoïaque à vrai dire ! Finalement, il réussit son coup, s'échappe et court toujours à la fin du morceau.

 « The Apparition ». 

En gros, on y trouve les vues que Steve (qui a composé ce titre) a sur le monde. Il y expose tous ses sentiments, ses craintes, ses phobies, ses préoccupations.

 « Judas Be My Guide ». 

C'est un titre assez ironique en réalité. Je ne sais pas si cela passera très bien car il est assez périlleux de faire de l'ironie dans le milieu de la rock-music. Cela parle du mauvais coté de chacun et j'ai décidé d'appeler ce mauvais coté « Judas ». C'est cette tendance qui te ferait vendre n'importe quoi à n'importe qui, qui te ferait te foutre de tout, c'est ce petit Judas qui est en chacun de nous et s'il prend de l'importance au point d'arriver à faire marcher le monde, alors... adieu ! (rires)

 « Weekend Warrior ». 

C'est une très bonne chanson. Steve l'a composée. Le sujet en est le football et toute la violence qui tourne autour de ce sport. Le hooliganisme est une chose terrible. II y a ces gens qui ne trouvent d'autre intérêt à la vie que le match de football qui se déroule en fin de semaine. Ces gens se défoulent de toute leur violence pendant la partie de football en tapant sur les supporters adverses, en hurlant des injures à gorge déployée, puis ils retournent le lundi matin à leurs petits boulots et c'est là que l'on s'aperçoit qu'ils ne sont rien.

 Steve sait de quoi il parle : le résultat du dernier match entre la presse française et IRON MAIDEN (7 ou 8 – 0 pour MAIDEN) était assez violent aussi ! 

Ah ça, je dois admettre que Steve adore le football !

 « Fear Of The Dark » 

Ça aussi, c'est un foutu morceau ! Steve qui l'a composé a réellement peur de l'obscurité. L'histoire est celle d'un homme qui marche la nuit dans un parc et au fur et à mesure que la nuit tombe, il voit plein de choses inquiétantes. II devient totalement paranoïaque car son imagination travaille à fond. C'est un morceau terrible.

 Globalement, il semblerait que « Fear Of The Dark » soit musicalement dans la même veine que « No Prayer For The Dying » avec plus d'atmosphère toutefois. 

Oui. Je crois en réalité qu'il y a un break entre « Fear Of The Dark » et les anciens albums d'IRON MAIDEN. Je crois vraiment qu'il aura une importance énorme, nous rentrons de plain-pied dans les années 90, cette fois. Attention, la griffe IRON MAIDEN y est plus que jamais présente : nous n'avons fait aucun compromis, aucun renoncement, mais nous nous sommes vraiment concentrés à fond sur la composition. Nous avons pris un peu l'énergie qui est dans le monde actuellement et l'avons transposée dans notre musique.

 Il semble en tous cas que vous ayez retrouvé une réelle motivation et une très forte envie de jouer ? 

C'est indiscutable. Nous avions passé un sacré bon moment à enregistrer notre dernier album et nous avions également eu des joies très intenses durant toute la tournée qui l'a suivi. Depuis que Janick fait partie du groupe, je crois que chacun d'entre nous a retrouvé son enthousiasme.

 Penses-tu que vous ferez aussi bien dans les années 90 que dans la décennie précédente ? 

Je croise les doigts pour qu'il en soie ainsi ! Je sais qu'il y a pas mal de chemin à parcourir, mais je suis persuadé que bon nombre de personne seront très surprises par « Fear Of The Dark » et très étonnées que nous ayons pu faire un tel disque. J'espère qu'ils diront en l'écoutant « on pensais beaucoup de bien du dernier METALLICA, mais regardez un peu ce qui nous arrive maintenant! ».

 Tu soulignais tout à l'heure votre refus à toute compromission. Cela t-il contribué à votre succès et penses-tu que le fait d'être honnête finit toujours par payer ? 

Parfois. Le fait est que nous avons des fans et que nous ne les laissons jamais tomber. Nous ne les trompons jamais si nous nous arrêtions de jouer demain c'est la chose qui serait la plus importante à nos yeux.

 Ces fans que vous chérissez tant auront-ils la chance de vous voir en concert prochainement ? 

Oui, nous allons entamer une grande tournée et sois certain que nous passerons à Paris l'été prochain puisque nous assurons la tête d'affiche des Monsters Of Rock. Cette fois, nous reviendrons avec le gros matériel. Il aura ces fameux décors en trois dimensions, tous ces effet pyrotechniques, ces monstres, ces explosions. Nous avons vu les choses très grand cette fois. Pour la tournée « No Prayer For The Dying » nous avions décidés d'être minimalistes, c'était très bien. Cette fois, nous serons maximalistes ! Mais on verra quand même nos amplis. II n'y aura pas une scène pour recouvrir tout cela. Il y aura les cinq membres du groupe, le matériel, et des explosions tout autour !

 Et ce fameux nouvel album live que tout le monde attend ? 

Dis à tout le monde que nous allons l'enregistrer à Paris ! À Paris et durant toute la tournée. Cette fois c'est décidé, nous allons le sortir ce live.


 

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 Iron Maiden – July 1992
 Interviewés par un journaliste inconnu
 Source : Inconnue
 Contributeur : The Ancient Mariner

Le 22 août 1992, Iron Maiden jouera pour la deuxième fois au festival des Monsters Of Rock de Donington. Dans l'interview qui suit, les membres du groupe nous expliquent combien ils ont hâte de répéter l'exploit de leur première apparition en 1988.

Bruce Dickinson : Le challenge va être de faire encore mieux que la première fois et je crois que c'est possible, parce qu'on était vraiment nerveux. J'étais complètement dans la brume pendant la première moitié du concert. Je n'ai pas ouvert les yeux pendant cette première moitié, j'avais peur de regarder. Je dois avouer que je suis toujours aussi nerveux parce que je sais qu'il va y avoir cette pression et parce qu'on a un album en béton à promouvoir quelle que soit notre réputation. Alors ça me rend un peu nerveux, mais j'ai hâte d'y être dans le sens où nous serons dans notre propre pays, donc je suis déterminé à y aller et à prendre mon pied. Pour être franc, je me sens plus à l'aise à chanter les chansons de Maiden que je ne l'ai jamais été. Assez souvent, je ne suis pas très à l'aise à chanter du Maiden parce que ce n'est vraiment pas facile pour un chanteur. C'est un peu comme des rafales. Mais on peut se débrouiller autrement quand-même. Les morceaux classiques de Maiden comme « Killers » et « Wrathchild » ont une véritable atmosphère. Quand j'écoute mon chant sur le dernier album, je me dis : « Putain ! Je n'ai pas chanté comme ça sur un album de Maiden en cinq ou six ans. » Fear Of The Dark a vraiment le potentiel de nous faire aller au sommet, et au bout de dix ans, je trouve ça plutôt bien ! C'est comme revivre son enfance. C'est comme être stérile et s'entendre dire qu'on peut avoir des enfants. C'est comme si la roue avait fait un tour complet. Il y a cinq ans, on était des parias aux États-Unis. En tant qu'Iron Maiden, on était considéré comme de gros crasseux. On était le groupe dont tout le monde se moque en disant : « Ouais, c'est Poison qui marche de nos jours » On était comme des vieux toujours empêtrés dans l'ancien style de Heavy Metal. Là, on a un son des années 90 et il y en a qui disent : « Oh merde, il n'y a aucune raison de ne pas passer Iron Maiden maintenant ». Et ça, c'est la clef de tout. Faire valoir l'album auprès des médias. La seule différence entre vendre 700 000 albums et en vendre 2 500 000 réside dans le fait que soixante ou soixante-dix stations de radio décident de passer un morceau de l'album ou non. C'est aussi simple que ça. Seventh Son était un album plein de défauts et la tournée était trop grosse. On avait tellement envie de faire plus que les fois d'avant qu'on en avait perdu le sens des perspectives. On en avait oublié la musique. C'est pour cela que nous sommes revenus à des choses plus simples.

Dave Murray : Je pense que... Bon, vous savez qu'on l'a déjà fait en 1988, et pour moi ça a été le sommet de la carrière du groupe. Surtout le fait de jouer en Angleterre et d'attirer une telle foule. Normalement, avant de monter sur scène et de jouer, il y a cette ruée d'adrénaline et on est un peu nerveux, ce qui est bien parce que ça donne un avantage. Puis, au bout de 2-3 morceaux, on prend nos aises et on y va à la charge ! Mais après le concert de 88, j'en tremblais encore ! Voir tout ce monde, surtout sur notre propre terrain, était incroyable ! Alors, ce retour va également nous donner ce frisson. Et bien sûr Janick est avec nous maintenant et d'un certain côté c'est comme un nouveau groupe qui y retourne. Cette fois-ci, ça va être un spectacle tout neuf. C'est juste quelque chose qu'on a vraiment hâte de faire. Donington est le plus gros concert de toute la tournée.

Steve Harris : Donington va être fantastique comme ça l'était déjà la dernière fois. En fait, on était un peu inquiet car c'était vraiment bon la dernière fois et on s'est dit : « Comment peut-on faire mieux ? » C'est ça qui nous travaillait. Et puis on a décidé d'y aller et de faire de notre mieux, alors je suis persuadé que ça va aller.

Janick Gers : Ça va faire dix ans jour pour jour que j'ai joué à Donington avec Ian Gillan, alors je vais vraiment avoir les jetons en montant sur scène. Pour moi, ça va vraiment être excitant. Et j'étais là en 88 quand Maiden a joué et c'était un concert phénomenal, alors il va vraiment falloir qu'on fasse aussi bien.

Nicko McBrain : La dernière fois que nous sommes venus en 88, on a vraiment passé du bon temps. On a commencé le concert pile à l'heure et on a fini dix minutes en avance... Et qui s'est fait engueuler à cause de ça ?!!! Je pense qu'on s'est rapproché les uns des autres avec le temps. Au début, il y avait cette camaraderie de garnements. De nos jours, on a tendance à exprimer notre rage silencieusement tous ensemble plutôt que de partir en virer et de se bourrer la gueule. Je les aime tous et je n'ai pas peur de le dire parce que je suis comme ça. J'adore ces types et je ne supporterais pas qu'on dise du mal d'aucun d'entre eux. C'est ce que je ressens au plus profond de moi-même. Ils sont ma famille.


 

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