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Powerslave – Interviews
 
Powerslave

Powerslave

3 Septembre 1984

Bruce Dickinson (Septembre 1984)
Bruce Dickinson (Octobre 1984)
Bruce Dickinson (Octobre 1984)
Steve Harris (Mai 1985)

Commentaire de l'album

Autre album
album Live After Death – Commentaire

 

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 Bruce Dickinson – Septembre 1984
 Interviewé par Ace
 Source : Metal Attack Magazine (France) – Numéro 13
 Contributeur : Maverick

IRON MAIDEN change de look !
Avec « POWER SLAVE », le nouvel album prévu pour la rentrée de septembre, la STEVE HARRIS's Band revient vers des origines plus heavy et EDDIE, le monstre mascotte prend un sacré coup de vieux. La nouvelle pochette le représente en effet, statufié dans un temple égyptien !
La nouvelle tournée mondiale, « The World Slavery tour » débute ces jours-ci en Pologne. Le côté artistique a, par ailleurs, totalement été repensé... Tout un programme.
C'est dans sa chambre d'hôtel que je retrouve, après la séance photos, Bruce Dickinson ; l'œil rieur, l'esprit détendu, Bruce arbore un sourire radieux.
J'entame la conversation à propos du nouveau bébé.

 

 Quoi de neuf en ce qui concerne MAIDEN ?

Notre nouveau 30 cm a pour titre « POWER SLAVE ».
Après notre dernière tournée qui s'est terminée à la fin de l'année dernière, on a pris quelques semaines de vacances. Dès février, on s'est mis sérieusement à écrire de nouvelles chansons ; puis en mars, avril, nous nous sommes enfermés en studio ; en mai, enfin, on s'est consacré au mixage.
Ces deux derniers mois, nous avons répété en vue d'une tournée qui débutera au mois d'août en Pologne.

 « POWER SLAVE est-il sensiblement proche de « PIECE OF MIND » ?

Il y a beaucoup de différences entre les deux albums.
POWER SLAVE ressemble plus à THE NUMBER of the BEAST qui lui-même rappelle le premier 33.
PIECE OF MIND a de nombreuses similitudes avec KILLERS. Ces deux derniers étaient davantage des albums très techniques, mûrement réfléchis.
En aucune façon tu ne dois t'enfermer dans une seule musique et faire deux fois la même chose ; cela nuit au groupe. Sincèrement, je pense que cet album est supérieur au précédent. On a pris les meilleures choses de l'un tout en accentuant le style déjà très musclé de Number of the Beast pour sortir un Lp de grande qualité ; artistiquement parlant, cela s'entend !

 Si je comprends bien, votre prochain album sera semblable à PIECE OF MIND ?

(Rires) Le prochain sera enregistré en public... Il s'agira d'un double live ! (Cette révélation mes amis !).
On a attendu jusqu'à ce que le line-up soit au complet ; je veux dire par-là que nous avons réussi à faire deux albums de suite sans changer d'équipe ! Nous ferons ce live avec le même line-up, enfin je l'espère !

 Avez-vous un single de prévu ?

Bien sûr : « TWO MINUTES TO MIDNITE », la deuxième de la face A.

 Votre dernière tournée avait connu un vif succès dans le monde entier ; j'aimerais savoir si vous êtes censés recommencer avec « POWER SLAVE » ?

Évidemment ! Ce sera la tournée la plus gigantesque jamais réalisée ! Elle durera douze mois et nous irons par-delà les cinq continents ; plus de dates, plus d'endroits...

 J'ai lu que vous alliez jouer en Pologne, en Yougoslavie et en Hongrie.
Est-ce pour toi un moyen de traverser le rideau de fer ou de satisfaire vos fans de l'Est ?

Well (Après un temps d'hésitation).
Notre album sera dans tous les disquaires à partir de septembre et le Slavery tour débute dans quelques jours, en Pologne comme je te l'ai dit. D'une part nous ne sommes jamais allés là-bas ; nos fans (socialistes) ont besoin de nous voir parce qu'ils se sentent frustrés, oubliés du reste du monde. Ils ont faim de Heavy Metal, ils n'ont jamais vu le moindre groupe de Hard et nous avons pensé ; « pourquoi pas nous ? » Pareil pour la Hongrie.
En ce qui concerne la Yougoslavie ; cela fait un sacré moment que nous n'y avons pas mis les pieds ; de plus on marche bien là-bas. Je pense d'autre part que cela apporte une expérience très enrichissante. Concrètement, il ne s'agit pas de vendre plus de disques en allant dans ces pays, il s'agit plutôt d'élargir notre itinéraire habituel. Tu comprends, depuis le début, nous sommes toujours partis d'Angleterre ; à force tu te lasses, cela devient trop répétitif et ennuyeux. C'est aussi le moyen d'arriver en « Europe » plus décontracté car il n'y a pas autant de pression là-bas ; on sera déjà rodé...

 Ne te sens-tu pas un peu blasé de tourner toute l'année ; est-ce si important de conserver ce contact sensoriel avec le public ? Ne t'ennuies-tu pas de ta maison...

Lorsque nous tournons aux États-Unis, j'éprouve parfois de la malancolie, c'est vrai. Mais en général, je reste peu de temps chez moi, alors...
Au mois de janvier dernier je suis resté trois semaines à la maison... Un exploit ! Donc tu vois ce n'est pas le principal problème, on s'habitue ; cela fait partie intégrante de notre vie de voyager ; en plus il nous arrive tellement d'aventures. L'année dernière, par exemple ; comme d'ordinaire, j'avais emmené mon équipement d'escrime ! Tu ne peux pas t'imaginer les tracas que j'ai eu avec les douaniers. J'avais d'ailleurs appris le mot « escrime » en dix langues différentes ! À chaque fois, c'était la question rituelle du genre : « Ah je vois, vous êtes joueur professionnel », et je répondais de même : «Non, je suis chanteur ! »
Ils me regardaient avec des yeux grands comme ça !
On ne peut pas rester six mois sans ne rien faire ; alors il faut adapter son planning et se plier aux exigences du groupe, cela vaut la peine.

 On parle de MÖTLEY CRÜE en première partie de votre show...

Je l'espère. La dernière fois que je les ai vus, tout allait au mieux.

 J'ai lu que votre monstre-chéri, EDDIE, avait disparu de la scène, pourquoi ?

Nous l'avons tué à DORTMUND !
Malgré tout, il sera toujours présent, même après sa « mort ».
Si tu regardes la pochette de « POWER SLAVE », tu comprends aisément ce que je veux dire.
Notre concept-visuel du World Slavery Tour portera sur l'Égypte. Il y aura sur scène un véritable décor égyptien (avec entre-autres la réplique parfaite du temple de l'album).

 Aviez-vous peur d'agacer les fans avec EDDIE, ou changez vous votre propre image du groupe et la mise en scène qui l'entoure ?

Nous ne voulons pas changer de direction. EDDIE, est plus que jamais présent : il représente l'esprit malin, le mauvais. C'est une évolution logique.
Depuis cinq albums, le public a eu le temps de s'habituer à notre mascotte. Il figure sur chaque pochette et il fallait effectivement modifier son apparence afin qu'il devienne plus menaçant. Il change de peau.

 Une question technique BRUCE ; combien de camions nécessite une telle tournée ?

My God ! Environ quatre camions pour l'Europe et six pour les États-Unis. Les salles sont plus grande et puis nous y emmenons un matériel sonore énorme.

 L'attitude du public américain n'est pas très voisine du public européen semble-t-il ?

Il y a deux types de public américains. Celui qui connaît toute la vie du groupe dans ses moindres détails ; ce sont les vrais fans tels que nous les rencontrons chez nous en Europe et on les retrouve dans des villes comme NY, Chicago, Los Angeles.
Et puis il y a le public amateur de rock mais pas fanatisé. Les kids vont aussi bien voir les GoGo's qu'IRON MAIDEN, uniquement parce qu'ils ont la possibilité d'assister à un concert. Tu sais dans le Middle West l'actualité musicale passe un peu au second rôle. Tu te retrouves devant 3 000 personnes qui viennent te voir simplement pour sortir un soir et s'amuser entre amis. Les groupes étrangers sont très méconnus.
Malgré tout on a vendu aux States environ un million de copies de Piece of Mind et plus de 800 000 Number of the Beast. Ce qui prouve que les gens s'intéressent au groupe. Ils écoutent un disque qui leur plaît et se mettent à fouiller dans les bacs à disques pour voir ce que tu as enregistré auparavant.
Pourtant, IRON MAIDEN ne s'apparente pas à des formations telles DEF LEPPARD, SCORPIONS ou QUIET RIOT. L'industrie américaine est basée sur l'écoute en radios, les singles, et MAIDEN n'appartient pas encore à ce « commerce ».
Les djs trouvent que nous jouons trop vite et hésitent à passer les disques sur les ondes...

 Justement ! Bien que votre style devienne de plus en plus heavy, vous êtes très populaires.

Well, I think we're quite good ! (rires démesurés de BRUCE). Je suis très fier de faire ce que je fais ; en plus le groupe marche fort !
Sans blague ; notre métier de musiciens demande de sérieuses aptitudes au travail.
Nous essayons à chaque disque de satisfaire nos fans et de leur offrir ce dont ils ont envie.
Si tu prends l'exemple de RUSH, leur musique est très sophistiquée, complexe, plaît à énormément de personne. Nous tentons de même façon de suivre notre ligne musicale et de contenter nos fidèles. Par compte, tu ne peux pas forcer les gens à écouter un style qu'ils n'aiment pas. A contraire, tu dois les encourager à tendre l'oreille ; c'est pour cette raison qu'il faut sans arrêt progresser.

 L'évolution musicale d'IRON MAIDEN semble révélatrice ; vous jouez de plus en plus technique...

Depuis le premier 33 Tours jusqu'à ce jour, nous cherchons sur chaque morceau de nous rapprocher le plus près possible du style que nous nous étions fixé au départ.
POWER SLAVE possède la puissance et l'énergie d'un live ; en cela, c'est un grand album. De plus Nico, le batteur apporte une touche de technicité tout à fait exemplaire ; il joue vite, il joue précis et on gagne en finesse.

 Qu'est-ce que tu penses de ces nouvelles formations heavyliques ?

Il y a tellement de groupes aujourd'hui, tu ne sais plus où donner de la tête...
J'évite de les écouter car je perds de ma créativité ; je reste plutôt confiné dans un coin pour garder toute inspiration.
Je ne suis pas comme certains musiciens qui se sentent obligés d'écouter tout ce qui sort ; je ne me sens pas concerné.

 IRON MAIDEN semble désormais appartenir au catalogue des stars ; est-ce difficile de rester en haut ?

Nous ne sommes pas véritablement conscients de la pression qui nous entoure.
Ce qui compte n'est pas de rester au sommet, mais de jouer le mieux possible et de travailler le plus professionnellement qu'il soit.
Tout semble calme en ce moment à l'intérieur du groupe. Nous n'avions pas répété ensemble depuis six mois et nous avons joué durant quatre jours dernièrement aux states.
Puis nous avons décidé d'arrêter parce-que l'on ne supportait pas de jouer dans le vide ; tous nos automatismes sont réapparus en un éclair, that's great !

 N'as-tu pas l'impression d'être asservi à ton métier ; je veux dire les fans en demandent toujours de plus en plus ?

(Temps mort). Je ne pense pas.
Nous ne nous rendons pas compte à quel point les fans ont besoin de nous voir. Nous tournons tout l'année et toute l'année nous rencontrons les mêmes fans mais dans différents endroits...
Cela crée un malaise dans la mesure où nous voyageons beaucoup et on ne peut se trouver partout à la fois.
Avec ce nouvel album nous avons voulu changer nos habitudes et prendre notre temps.
On tourne désormais en hiver aux États-Unis et en Europe l'été. Il ne faut pas sombrer dans un cercle vicieux ; chaque année l'album sort à telle date, la tournée, à telle date... Cela devient soporifique !
Si tu veux les fans en demandent plus car ils ont besoin de vibrer, de vivre de nouvelles sensations, de voir le groupe en chair et en as. On peut rendre EDDIE plus sanguinaire, on peut le faire exploser en scène mais cela entraînerait la « mort du spectacle » ; on ne pourrait plus progresser...
Avec POWER... nous voulions donner plus d'importance à EDDIE. Le fait qu'il soit plus présent dans les esprits que visuellement. Lorsque tu utilises ton imagination à bon escient, il n'y a plus de limites.

 Regrettes-tu l'époque Samson ?

Non. Je reste très ami avec Paul et je conserve d'exellents souvenirs en tant que chanteur, parce que j'avais 20 ans. J'aime encore écouter ces disques mais je suis fier de faire partie d'IRON MAIDEN ; je n'ai jamais aussi bien chanté !
Comment imagines-tu d'arrêter un jour le Rock'n roll ?
Avec toutes les activités qui existent dans le rock tu ne peux pas t'embêter ! (rires)
J'ai encore du temps devant moi ; je suis le bébé du groupe, j'aurai 26 ans en août.

 Tu es lion ?

Oui.

 Es-tu heureux BRUCE ?

Oui. Mon vœu le plus « pieu » serait de ne jamais tomber malade ; je parle surtout des problèmes de gorge qui sont inhérents aux chanteurs de rock ; cela nous arrive tous à un moment de notre carrière !
Lorsque tu tournes toute l'année, certains soirs tu n'arrives même pas à parler.
En général tu te terres chez toi, tu restes au lit sans parler à personne. Il faut environ trois jours pour retrouver ta voix et dix jours de soins !

 

Là-dessus Bruce se lève et dévore le gâteau gracieusement offer par METAL ATTACK ; moi qui pensais que les lions ne mangeaient que de la viande...

 


 

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 Bruce Dickinson – Octobre 1984
 Interviewé par Philippe Touchard
 Source : Enfer Magazine (France) – Numéro 17
 Contributeur : Maverick

Si le faciès d'Eddie avait été différent la face du hard-rock en aurait été changée. Ce tour de force que représente la dernière tournée mondiale d'IRON MAIDEN (plus d'une année sur la route sans interruption) pourrait bien porter un nom prémonitoire : "THE WORDL SLAVERY TOUR 84/85".

Cela ressemble au premier abord du moins, comme une tournée de forçats sinon d'esclaves. En fait il n'en est rien, je n'ai jamais vu une telle infrastructure lancée sur la route se mouvoir avec autant d'aisance et dans une sérénité la plus totale ; tout se passe sans heurt, sans affolement. Cette tournée a débuté le 9 Août par un concert à Varsovie et visitera toutes les régions du globe.

C'est sur les quatre premières dates de la tournée française que nous avons rejoint IRON MAIDEN la tête résonnante des accords de "Powerslave" (NDLR : regardez la pochette de plus près certains petits détails ont pu vous échapper) et avec mon petit RAMSES illustré sous les bras. Accueil très symphatique de toute l'équipe parmi laquelle se trouvait Madame HARRIS accompagnée de leur petite fille âgée de sept mois venues dire un petit bonjour avant de rentrer àLondres. l'album n'étant pas encore sorti au début de la tournée ce fut donc une totale découverte, pour le public, de ce nouveau show (scène construite comme un temple égyptien avec de très belles toiles de fond, le tout arrosé par un light show somptueux) et de cinq morceaux tirés de l'album "Powerslave" dont une intro avec "Aces high" et "2 minutes to midnight" enchaînés puis plus tard dans le show trois nouveaux titres : "Losfer words", "Rimes of the ancient mariner" et "Powerslave".
Voici quelques instantanés de cette nouvelle tournée que vous pourrez garder avec vous dans votre sarcophage.

La sortie récente d'un album d'IRON MAIDEN suscite toujours la polémique chez les journalistes spécialisés et ceux qui suivent de près la carrière de ce groupe qui n'arrête pas de surprendre.
De "Pièce of Mind" à "Powerslave", il y a un fossé tel que l'auditeur se retrouve une nouvelle fois déconcerté quant à la démarche propre à IRON MAIDEN.
Même si le concept globalisant de "Powerslave" relève d'un égyptologisme pointu, l'album n'en reste pas là puis qu'à tout moment il déborde de ce cadre musicalement liberticide pour toucher des sujets aussi épineux qu'étonnants comme en témoignent "two mintures to midnight", relatif à la menace de guerre ou "rimes of the ancient mariner" "véritable poème épique de la littérature britannique du 18e siècle.
Alprs puisqu'il vaut mieux s'adresser au Bon Dieu qu'à ses historiens nous avons demander à Bruce DICKINSON, la fine lame, de nous éclairer une fois encore sur la démarche du groupe (et quand je lis Bon Dieu, j'avais mieux fait de citer Saint-Pierre, vu la place qu'occupe Bruce DICKINSON dans le groupe...)
Il est devant moi, Bruce le grand, Bruce le lyrique, la culotte à la main, les poils du torse tétanisés après cette condescendante séance de photos où il s'est adjoint les services d'une épée ou deux pour percer l'écran blanc de ses nuits noires, remettant bien en place son armada de muscles, triceps, biceps, pectoraux, bref tout l'attirail du schwarzonnerger du pauvre pour une nouvelle fois d'affronter le feu roulant des questions en bon esclave du pouvoir journalistique qu'il est !

 Si tu veux je peux attendre que tu sois complètement changé !

(Empétré dans sa combinaison d'escrimeur) Non, non ça ira comme ça, je peux me changer et parler en même temps (NDLR : ça c'est quelqu'un qui donne la situation !).

 Première réflexion. Bruce, où est passé Eddie ?

Il est toujours sur la pochette. On ne le remarque pas du premier coup d'œil mais c'est lui qui siège sur le trône qui surplombe l'entrée du temple.

 L'album s'appelle "Powerslave", quelle est exactement la thématique propre à IRON MAIDEN, développée ici ?

En fait le thème de l'album est tout entier contenu dans la chanson "Powerslave". Les autres titres parlent tous de choses différentes.
"Powerslave relate l'histoire d'un Pharaon à l'agonie. Il va bientôt mourir et se retrouve l'esclave de la mort tout comme l'esclave de son propre pouvoir.
Lorsqu'un Pharaon meurt, tous les esclaves qui ont construit sa tombe et préparé ses funérailles doivent mourir. Et même, s'il ne le voulait pas, son pouvoir doit impliquer irrésistiblement la mort de ces gens par delà la volonté personnelle de ce Pharaon : finalement il est prisonner de son pouvoir.

 Ne pourrions nous pas espérer un partage des pouvoirs après la mort de ce Pharaon.

Ce serait de l'utopie. Le pouvoir entraîne la logique de sa pérénité qui passe par le sacrifice de ses aspirants c'est horrible !
En Égypte, le Pharaon incarne la vie, il est Dieu vivant maîtrisant la substance essentielle de la terre. Lorsque la vie se sépare de son corps, implicitement selon la règle, elle doit aussi se séparer des corps de ceux qui l'ont servi.
Le paradoxe est que, même s'il est le Dieu vivant et qu'il décide, sur son lit de mort de continuer à vivre, il ne le peut : son pouvoir est asujetti à celui de la mort.

 Du concept Aztèque, relatif à la trépanation d'Eddie (cf. pochette "Piece of mind") au concept du pouvoir absolu chez les égyptiens, il semble qu'IRON MAIDEN ne soit jamais à court d'inspirations.

En fait, la trépanation d'Eddie avait quelque chose de cynique et de gag.
Ici, le concept développé sur la pochette relève de la philosophie égyptienne-type. Après avoir trépané Eddie, celui-ci renaît dans un autre monde et sa puissance a été amplifiée, comme le souligne la place qu'il a sur cette pochette.

 Est-ce qu'il faut supposer qu'il supplante et même maîtrise la destinée du Pharaon ?

Ça, il faut chercher la réponse sur le graphisme. En fait, il y a beaucoup d'indices disséminés sur cette pochette et lorsque tu les retrouves tous tu peux résoudre n'importe laquelle des énigmes que tu poses.

 Quelle est la principale énigme développée dans le titre "Powerslave" ?

Au début de la chanson, le Pharaon meurt. À la fin de la chanson, le Pharaon est toujours vivant mais il y a eu une mutation. Son esprit est toujours vivant et cherche à s'échapper de son corps mort.

 Comment t'est venue l'idée d'une telle chanson ?

En prenant mon breakfast ! (NDLR : ?????)
Je me remémorais "Revelations" du dernier album et j'essayais de trouver où est-ce qu'il y avait quelque chose qui clochait dans le thème abordé. J'ai trouvé un "chaînon manquant". Dans "Revelations", il y avait tout un code de signes relatifs à la mythologie hindoue et égyptienne à propos de la vie et de la mort. Pourtant il manquait quelque chose : le pouvoir de la mort sur la vie, un thème abordé bien souvent dans la mythologie égyptienne.
Et voilà, j'ai trouvé "Powerslave" en écoutant "Révélations", le thé d'une main, le bacon dans l'autre.

 Y-a-t-il un parallèle sous-jacent entre l'organisation du pouvoir dans la société égyptienne antique et notre civilisation occidentale hypertrophiée ?

Oui dans le sens que le pouvoir est toujours entre les mains de quelques personnes privilégiées qui s'accrochent à ce pouvoir. Le pouvoir leur donne le statut, le statut les rend esclave de leur pouvoir. En Égytpe, le pouvoir est spirituel avant d'être matériel, dans notre société c'est le contraire.
Il y a une grande prise de conscience de ce phénomène lorsqu'on a imaginé, aux USA que Nixon pouvait engager une troisième guerre mondiale.
J'espère que les gens pourront tirer ce genre de conclusion d'après la chanson "Powerslave". Sinon tant pis, ça ne sera qu'une bonne histoire à raconter.

 Encore une allégorie !

Oui c'est vrai. J'écris beaucoup de textes en forme d'allégorie "Back of the village" est en quelque sorte la suite de "Prisoner" l'histoire d'un type pris au piège dans un village. En fait il est surtout prisonnier de ses phantasmes et ne peut s'en défaire d'où son emprisonnement dans ce village fantôme, univers de ses rêves et cauchemars "two mintutes to midnight" est aussi un thème allégorique. C'est une histoire qui présente les dangers de la guerre nucléaire.

 Les textes de cet album semblent refléter un grand pessimisme, non ?

C'est vrai, pour cet album. Les textes de Steve sont cependant très intéressants. Par exemple sur "The duellist" qui écrit un duel, tout ce qu'il y a de plus traditionnel, il a réussi à très bien décrire et cerner l'idée de futilité et d'inutilité totale de mourrir pour une question de gloire et de plaisir de combattre, car dans le duel il y a plus que l'honneur, il y a une espèce de gratuité malsaine qui discrédite la place que l'honneur peut prétendre dans de telles manifestations.

 Bref, "The duellist" est un titre "anti-connerie" ?

Oui, tout à fait !

 Abordons maintenant le titre qui est le morceau de bravoure de l'album, je veux parler de "Rimes of the ancient mariner

Ok, "The rimes of ancient mariner" est un très vieux et très long poème anglais écrit par Samuel TAYLOR COLERIDGE, un poète mort en 1850. C'est l'histoire d'un marin qui s'attire la malédiction divine en tuant un albatros. Le poème commence alors qu'un vieux marin kidnappe une jeune fille nouvellement mariée. Il l'emmène loin du mariage et la force à écouter une légende.
Un marin naviguait en haute mer lorsqu'il tua un albatros qui survolait son bateau. L'albatros est une bonne augure mais lorsqu'on le tue, cette bonne augure devient malédiction. l'équipage voulut punir le coupable mais cette mort déclencha une tempête terrible répendant la colère divine. L'océan devint empoisonné et le bateau incontrôlable.
Une véritable soif se fait sentir par l'équipage et tout le monde se sent impuissant devant l'invasion des vagues, la faim et la soif.
Il y a un versdans lachanson qui dit "water water everywhere and not a Drop to drink ! (NDLR : de l'eau, toujours et partout et pas même une goutte à boire !).
Tous les marins meurent les uns après les autres, sauf le coupable qui porte toujours l'albatros autour du cou, symbôle de la punition que lui infligèrent les autres membres de l'équipage.
Puis comme dans un rêve, il voit le bateau de la mort, un bateau sans vie, sans équipage.
Il sait selon la tradition, qu'il va mourir pour racheter la vie des autres marins. En fait, un combat s'engage entre la vie et la mort et c'est la vie qui gagne puisque ce marin, le coupable de tout ça, garde la vie sauve.
Finalement, l'histoire se termine lorsque le narrateur révèle à la jeune fille que le marin qui naguère tua cet albatros n'est autre que lui-même et qu'il a été condamné à vivre éternellement pour raconter à ceux qu'il croise, son incroyable histoire, pour enseigner la parole de Dieu au travers de son propre exemple, c'est-à-dire l'amour pour toute créature que Dieu fait.

 C'est donc une fable en forme d'avertissement.

Oui, un avertissement qui s'adresse à tous et qui contraint au respect de l'action de Dieu.

 C'est très moral tout ça.

Très, Steve dit que si jamais il entend dire qu'on s'enferme toujours dans des discours de SATAN et autres condisciples, c'est que vraiment personne n'aura jamais compris IRON MAIDEN.

 Est-ce pour coller au concept MAIDEN que la tournée passera par le Tibet ?

(rires) Ça c'est une belle connerie de notre Attaché de presse. La tournée passera par Bangkok, qui est en Thaïlande,comme chacun le sait, sauf notre attaché de Presse. Il a tout bonnement cru que Bangkok était au Tibet et cela lui a plus d'annoncer qu'IRON MAIDEN jourait là-bas au milieu des Lamas, des Prêtes, au pied des lamasseries et du Yéti.

 Parle-moi de votre nouveau show.

Avant de parler de nos prochains concerts en France, je voudrais remercier tout le public qui est venu nous voir l'année dernière surtout celui de Paris où l'ambiance était vraiment fantastique. Tout était réuni pour ce que fut une fête et ça l'a été. Dès le début du concert, j'ai senti qu'il allait se passer quelque chose de grand, c'est pourquoi j'ai essayé de communiquer le plus possible, en français, avec le public (j'espère que je ne m'en suis pas trop mal tiré !)
Le concert de Paris a été le meilleur de notre tournée européenne, l'année dernière. Cette année nous avons changé nos habitudes. Jusqu'ici, nous avions toujours tourné aux État-Unis l'été, en Europe l'hiver ou au printemps ; là nous entamons notre tournée européenne en été, et nous partirons aux USA cet hiver. Notre show a quelque peu changé. Au niveau des lights et de la puissance de sono , on en aura beaucoup plus que l'année dernière et l'ensemble de la scène est décoré dans le style... égyptien. (étonnant, non ?)

 Avec des sphinx, des obélisques et des esclaves... ?

Quelque chose dans le genre. Je ne voulais pas trop donner de détails, je préfère faire la surprise au public. Pour la première fois, nous aurons pratiquement tout de notre show américain à quelques élément de décors près.
Par contre, pour la sono et les lights, on a une fois et demie ce qu'on avait l'année dernière en Europe. Aux États-Unis on aura deux fois plus de puissance, ce qui fait trois plus de puissance en sono et en éclairage que ce que le public français a pu voir l'année passée : environ 150 000 Watts en façade, soit deux fois plus que la sono du Festival de Reading.

 C'est la puissance ou le pouvoir que vous recherchez à travers cette escalade de la "décibélisaion" ?

Ni l'un, ni l'autre. Ce qu'on veut c'est que le public passe un bon moment et qu'il garde un super-souvenir de leur soirée. Pour cela il faut créer la sensation, Tant au niveau visuel qu'au niveau sonore.

 Alors l'été sera chaud !

Et l'automne encore plus...

Voilà, l'heure passe trop vite ; pour des problèmes d'emploi du temps, puisque Bruce avait été invité à délirer avec Tonton "the gut, the glory", je ne pouvais que m'incliner devant le hurleur fou, mon maître et c'est en remettant mes pinces à vélo tandis que Bruce montait dans sa limousine avec son Label-Manager, tout guilleret, que je me suis dit : "la culture rend beau et riche, quand je serais grand, je lirais tout DICKINSON dans le texte".


 

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 Bruce Dickinson – Octobre 1984
 Interviewé par Georges Amann
 Source : Hard Rock Magazine (France) – Numéro 2
 Contributeur : Maverick

Derrière le rideau de fer

Une tournée mondiale de 13 mois à travers 25 pays (même le Tibet !), 220 concerts, 120 000 W de sono, 700 projecteurs, 6 semi-remorques, 5 autocars, Iron Maiden frappe fort.
« Powerslave », son nouvel album, est un véritable chef-d'œuvre. HARD-ROCK MAGAZINE a rencontré Bruce Dickinson qui vous parle de cette fantastique tournée et du nouvel album.

 

Alors ! Vous l'avez écouté ? Non ? Si « Powerslave » n'est pas encore passé sur votre platine, dépêchez-vous car vous ratez vraiment quelque chose. Le dernier album d'Iron Maiden est effectivement le meilleur enregistré par le groupe. Même si vous n'êtes pas un fan de la « Vierge de Fer », vous risquez d'avoir une (bonne) surprise !... C'est tout dire.
Iron Maiden ne s'est pas contenté de sortir un excellent album, le gang du monstre Eddie vient d'entamer une des plus fabuleuses tournées jamais organisées par un groupe de rock. La France est l'un des premiers pays à être visité par les géants du hard, et certains d'entre vous ont déjà eu la chance de les voir à l'œuvre. Les autres devront encore attendre fin octobre et début novembre...
Avant qu'Iron Maiden n'entame sa tournée, HARD-ROCK MAGAZINE avait pu se faufiler discrètement dans la chambre d'hôtel de Bruce Dickinson pour écouter en avant-première le nouvel album et discuter à bâtons rompus avec lui. Bien évidemment, nous avons commencé par parler de ce nouvel album et de la fameuse tournée mondiale.

Le heavy-metal franchit le rideau de fer

 Qu'avez-vous fait depuis votre dernier show à Paris l'année dernière ?

Nous avons fini notre tournée en Allemagne. En janvier, nous avons pris du repos. Nous avons composé le nouveau matériel à Jersey, puis nous sommes allés aux Bahamas avec Martin Birch, notre producteur, pour l'enregistrement qui a duré sept semaines. Le mixage s'est fait aux studios Electric Ladyland à New York en mai-juin, nous avons ensuite répété les nouvelles compositions pendant cinq  semaines en Floride d'où j'arrive juste.
Fin juillet, nous partons enregistrer pendant deux jours une vidéo à Hanovre, puis filons en Pologne, point de départ de notre tournée gigantesque d'un an qui couvrira le monde entier : Hongrie, Australie, Nouvelle-Zélande, Bangkok, USA, etc... C'est la première fois qu'un groupe de heavy-metal franchit le rideau de fer et nous en sommes fiers.

 Vous passez aussi par la France ?

Bien sûr, en août nous donnons un concert à Annecy et Palavas-les-Flots ainsi qu'à Toulouse et Bordeaux, début septembre. Puis nous revenons en octobre pour plusieurs dates dont une à Paris (le 30 octobre). Nous espérons avoir Mötley Crue comme support-band, nous avons besoin d'un groupe qui assure, je crois que celui-là est à la hauteur de sa réputation et qu'il n'est encore jamais venu en France. (NDLR : C'est confirmé ! Mötley Crue assurera la première partie d'Iron Maiden à Nancy, Paris et Lyon !...).

Plus heavy et plus speed !

 Je viens d'écouter des extraits de la bande de votre nouveau LP «Powerslave » et, dès la première écoute, il paraît beaucoup plus « heavy » et « speed » que les précédents...

Right ! Notre cinquième album est bourré d'énergie, c'est le plus puissant et celui que je préfère. « Piece Of Mind » était, en quelque sorte, une expérience. Après « The Number Of The Beast », qui s'est très bien vendu dans le monde entier, nous voulions faire quelque chose de différent. Je te fais remarquer – Oh ! surprise – que, depuis « Piece Of Mind », les musiciens n'ont pas changé, c'est pour cela, je pense, que le petit dernier est si homogène et si violent ; nous tenons enfin la stabilité.

 En revanche, vous avez changé d'ambiance pour la nouvelle pochette : les pyramides d'Égypte, le Sphinx au visage d'Eddie, cela ressemble un peu aux pochettes d'Earth, Wind and Fire...

Je ne connais pas les covers de ce groupe mais tout le monde me fait la même remarque : il faudra que je vérifie. Derek (le créateur d'Eddie) a fait cette peinture tout spécialement pour cet album. Eddie a évolué : nous l'avons transformé, nous étions un peu las des pochettes qui le représentaient avec de grands effets d'horreur : sang, tomahawk, hache...
Prends Kiss, par exemple, leur maquillage a beaucoup « choqué » et « frappé » tout le monde à leur débuts puis, au fil des années, cela ne faisait plus rien à personne. C'est la même chose avec Eddie : il est toujours présent (la tête du Sphinx sur la pochette, c'est lui !), mais il a un caractère différent qui le rend encore plus grand et plus puissant. De même, le show a subi quelques modifications : il sera beaucoup plus « heavy », le « light show » et le décor plus importants.

Ça, c'est certain : on en a pour son argent ! Le show d'Iron Maiden est véritablement à la hauteur de la réputation du groupe. Mais ne dévoilons pas tout...
Quant à Bruce Dickinson, c'est probablement l'une des rock-stars les plus agréables à interviewer. Non seulement il n'est pas avare de ses mots mais ses propos sont des plus intéressants. Nous vous donnons donc rendez-vous au prochain numéro de HARD-ROCK MAGAZINE où il nous parlera longuement des multiples sujets qui l'intéressent et qui l'inspirent pour l'écriture des textes d'Iron Maiden. Plus d'un risque d'être surpris !...


 

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 Steve Harris – Mai 1985
 Interviewé par Philippe Touchard
 Source : Enfer Magazine (France) – Numéro 24
 Contributeur : Maverick

Après l'immense succès d'IRON MAIDEN à l'Espace Balard, le 29 octobre dernier où 10.000 fans firent un triomphe incontestable au groupe, nous n'avons pu résister à l'envie de discuter une nouvelle fois avec l'un des membres du groupe, et cette fois-ci, à tout Seigneur, tout honneur, c'est avec Steve HARRIS que nous avons taquiné la parole.

 

Seule ombre au tableau, la première défaite d'IRON MAIDEN, au football, celle-là même contre la première équipe de France, de musiciens de hard-rock.

 

 Alors, heureux ?

Euh, sauf que lorsque je joue au football, j'aime autant gagner. J'attend la prochaine occasion pour prendre ma revanche !

 J'aimerais que l'on revienne sur le tout début du groupe et donc sur cette période qui demeure assez floue pour beaucoup de monde ? Quand est-ce exactement que cette aventure a commencé ?

La toute première formation d'IRON MAIDEN remonte à la fin de l'année 1975. Le premier concert que l'on a donné s'est passé en mai de l'année 1975. Le premier concert que House », dans le quartier Est de Londres.
Au début, nous étions cinq. Au chant il y avait Paul DAY, qui est parti ensuite chanter avec MORE et maintenant fait partie de WILDFIRE, il y avait deux guitaristes : Terry et Dave, qui une fois partis n'ont plus jamais rien fait, puis Ron à la batterie que l'on a retrouvé avec John McCOY et Bernie TORME.
Trois mois plus tard, les deux guitaristes sont partis et c'est Dave MURRAY et Bob SAWYER qui a fait partie, par la suite de PRAYING MANTIS, qui les ont remplacés.
En fait, il y a eu beaucoup de changements dans le groupe avant que l'on se mette à travailler régulièrement.

 Justement, à l'époque où tu as lancé le groupe n'était-ce pas un peu une gageure que de jouer du hard-rock ?

Peut-être était-ce un peu inconscient, Pourtant nous avons tenu le coup près de 4 ans en faisant des concerts dans les clubs et pubs. À ce moment-là le punk et la new-wave envahissaient tout et la mode était tellement oppressante qu'il n'y avait qu'à temporiser en espérant qu'un jour cela se tasserait un peu.
Je n'ai jamais voulu baisser les bras et même si tous ces changements de personnel dans le groupe pouvait en dévaloriser plus d'un, j'ai toujours eu confiance en nous, surtout dès lors que Dave MURRAY est rentré dans le groupe.
Comme nous travaillions dans la journée, nous avions réuni assez d'argent pour enregistrer une démo.
Grâce à elle, nous avons pu décrocher des concerts dans les villes de province et sortir ainsi de la scène londonienne où la mode punk empêchait tout débordement de quelque autre musique que ce soit.
Donc, une fois hors de Londres nous avons pu toucher un autre public moins sectaire, carapaçonné dans les directives de style. Petit à petit, nous nous sommes fait une petite réputation et avons suscité ainsi l'intérêt de grandes maisons de disques.

 Comme justement, le circuit des grandes salles de concerts était bloqué par les groupes punk, je suppose que le réseau des clubs devait être encombré par les groupes de hard et de rock plus traditionnels. Comment cela s'est-il passé pour vaincre cette « sous-compétition » des groupes non-punks ?

En fait, je ne me rapelle pas qu'il y ait eu une véritable compétition entre les groupes non-branchés. Il y avait, de toute façon, bien moins de groupes que maintenant et beaucoup n'ont pas eu le moral assez solide pour continuer. Il y avait quelques groupes qui pouvaient s'apparenter à ce que nous faisions mais ils n'ont pas tenu le coup, par exemple « URGENT » dont nous avons récupéré le chanteur quelques temps, GRAND MASTER qui faisait du hard-rock un peu commercial et quelques autres groupes dont on a jamais entendu parler.
Mais cela a été dur pour tout le monde car il semblait à tous que sortis des clubs ils ne pourraient jamais percer.

 Mais, toi, tu n'as jamais pensé à tout laisser tomber ?

Non jamais. J'ai eu vraiment un grand espoir lorsque Paul DI ANNO est rentré dans le groupe. À ce moment là nous jouions à quatre, Dave MURRAY, Paul DI ANNO, Doug SAMSON, à la batterie et moi-même et je pensais bien que c'était le line-up définitif. J'avais presque renoncé à trouver un deuxième guitariste qui pourrait assurer comme Dave.

 Et Denis STRATTON... ?

Oh, ben, il n'est resté que huit mois dans le groupe. Il est arrivé au bon moment pour l'album. Mais si tu reprends la face B du 45 tours « Running wild », nous n'étions que quatre à jouer, Dave faisait toutes les parties de guitares.
Denis ne suivait pas l'évolution du groupe. Il n'a jamais compris qu'après l'album, le succès était à portée de main et qu'il faillait travailler encore plus. Il se figurait qu'on était encore à un stade où l'on joue dans les caves, d'où son départ.

 Est-ce que tout cela n'a pas rapidement avancé dès lors que vous aviez signé ce management avec Ron SMALLWOOD ?

Si, bien sûr. De 1975 à 1979 on n'a jamais eu de management. C'est moi qui m'occupais de tout, le soir, au moment où j'étais disponible car, comme les autres je travaillais la journée pour vivre. Puis, au fur et à mesure que le groupe s'organisait, je recevais les coups de fil au bureau et il a bien fallu que je m'explique avec mes patrons qui finalement ont bien accepté que j'use du téléphone de la société où je travaillais, pour des fins personnelles ; j'étais rédacteur d'actes et de divers papiers et cela amusait beaucoup mes patrons, d'avoir un rocker dans leur cabinet et ils appelaient cela le « Bomber Harris Enterprise » mais rapidement cela est devenu intenable et lorsqu'on a eu Ron SMALLWOOD, les structures se sont considérablement détendues.

 Comment as-tu rencontré Ron ?

Après avoir fait notre première démo, on a rencontré un soir, après un concert, une fille qui travaillait avec Ron SMALLWOOD et qui voulait absolument avoir notre demo. On la lui a donc donnée et elle l'a présentée à Ron. À ce moment-là, Ron SMALLWOOD était manager de Cockney REBEL mais cherchait d'autres groupes car il y avait de graves problèmes au sein de celui-ci et il avait envie de laisser tomber. Après avoir reçu notre première cassette, il est venu nous voir lors d'un petit concert que l'on donnait à Londres, dans un pub.
Le problème, ce soir-là, c'est que Paul s'était fait arrêter par la police à cause d'une histoire de couteau qu'il avait sur lui.
Donc, nous avons donné un concert preque exclusivement instrumental où je chantais deux ou trois morceaux. Ron, nous a dit alors qu'il viendrait nous voir répéter avec ce chanteur, après quoi il prendrait une décision. Nous avons réussi à faire sortir Paul de prison et nous avons recommencé à répéter sérieusement car je n'aivais pas oublié ce que l'on m'avait promis. La fois suivante, Ron est bien revenu, il a vu ce que donnait le groupe au complet et a décidé de nous manager, c'était quelques mois avant de décrocher un contrat avec Pathé-Marconi. Tu vois, nous avons eu chaud !

 Comment as-tu rencontré Paul DI ANNO ?

Comme bien souvent, dans un pub : le « Red Lion », au Nord de Londres. En fait, j'avais un copain qui depuis est parti former un groupe en Suède, qui savait que je cherchais un chanteur pour mon groupe. À l'époque, nous n'étions que trois : Dave, Doug SAMSON et moi. Donc, il m'a fait rencontrer Paul, celui-ci m'a dit : « j'ai vraiment envie de chanter mais je n'ai aucune expérience. Je lui ai répondu que moi non plus et que cela n'engageait à rien de faire une répétition ensemble. »
Il est venu, nous avons joué des reprises comme « Lady double dealer », de Deep PURPLE ou d'autres morceaux de Black SABBATH ou Led ZEPPELIN. Puis, nous avons entamé des titres à nous, comme « Iron Maiden » ou « Prowler » et cela a parfaitement accroché. Nous étions certains que Paul était le chanteur qu'il nous fallait.
Nous avons donc répété 6 mois ensemble avant de donner notre premier concert, celui qui précédait la venue de Ron SMALLWOOD où Paul connut sa première mésaventure.

 À l'époque, il n'était pas encore question de contrat ?

Oh, non nous n'avions rien signé avant d'avoir notre contrat chez Pathé. Ron était avec nous, juste par feeling. Nous avons signé des tas de papiers un peu plus tard avec lui, quand l'album a été sur le marché et s'est bien vendu.

 Qu'est-ce que représentait pour toi ce premier album ?

C'est l'aboutissement de sept mois de galères et puis aussi la preuve que l'on pouvait enregistrer proprement nos morceaux en leur restituant leur authenticité.

 Pouvais-tu penser à ce moment-là que vous deviendriez le groupe le plus populaire du monde ?

Oh non, vraiment pas. Nous étions prêts à nous battre pour être populaires en Angleterre mais nous n'imaginions pas pouvoir percer hors de nos frontières. Nous avions tellement galéré pour être connus à Londres que notre but se limitait à l'Angleterre.
Quand nous avons su que cet album se vendait bien, en Europe, puis aux États-Unis, nous nous sommes frottés les yeux pensant qu'on rêvait tout debout.

 Ne penses-tu pas que ce premier album soit arrivé au bon moment ?

Oui, je pense car il est sorti à une période où il ne se passait pas grand-chose au niveau du hard rock. Pour les groupes de l'époque, c'était très différent, et même les gros comme Black SABBATH, Judas PRIEST ou KISS ne s'en sortaient pas toujours car ignorés de l'intelligentia rock.
De plus notre album est sorti très peu de temps après que l'on ait fait une tournée anglaise en compagnie de Judas PRIEST.
Les gens qui étaient venus nous voir pour la plupart, étaient très surpris de découvrir un nouveau groupe de hard et les fans venaient nombreux à la sortie du concert pour nous demander quand on sortirait notre album.
Nous avons bénéficié d'une bonne époque, d'une bonne tournée et d'un bon disque.

 Mais avant ce premier album il y a eu un single auto-produit ?

Oui, un petit 45 tours, un an plus tôt. En fait, ce single était la reproduction d'une maquette qu'on avait enregistré avec Paul avec de très petits moyens sur un magnétophone 16 pistes, sans recordings, ni overdubs. J'avais rassemblé toutes mes économies pour faire un enregistrement de nos morceaux pour cette démo.
Comme j'avais l'idée d'en faire un single, il nous fallait absolument être propriétaires du « master tape ».
Or, nous n'avions pas assez d'argent pour payer cette bande. Donc, j'ai dit au type du studio : « attends une semaine, nous reviendrons faire le recording et on pourra payer la bande ». Malheureusement, lui aussi avait besoin d'argent et lorsqu'on est revenu acheter la bande, c'était trop tard, elle avait servi à enregistrer quelque chose d'autre.
Donc, nous n'avions qu'une cassette en main, celle à partir de laquelle a été prévu notre premier 45 T dont la qualité, il faut l'avouer est plus que douteuse.
Il faut dire qu'à l'époque, Dave, Doug, Paul et moi, nous n'avions qu'un minibus et nous vivions dedans comme des romanichels. Tout l'argent que nous pouvions gagner, par des petits jobs, était englouti dans la musique ou l'essence pour faire rouler notre vieux bahut.

 Est-ce que ce 45 T vous a été utile ?

Il nous a bien aidé à trouver beaucoup de concerts à Londres et à l'extérieur. En fait, nous n'en avons vendu que très peu, la majeure partie des stocks ayant été envoyée un peu partout : chez les promoteurs, les maisons de disques et les radios.

 Et puis, il y a eu l'opportunité d'enregistrer pour PATHE sur la compilation « Metal for Muthas ».

Cela a été la première occasion pour nous de pénétrer et de travailler dans un véritable studio professionnel...
EMI cherchait de nouveaux groupes de rock pour son catalogue et pour cela avait décidé de réaliser une compilation où apparaîtraient divers groupes inconnus.
À partir de cette compilation et de la réaction du public, EMI pensait pouvoir sortir un ou deux groupes par compilation. Comme les gens d'EMI avaient entendu parler de nous, ils nous ont proposé d'enregistrer deux titres « WRATHCHILD » et SANCTUARY mais cela n'engageait ni le groupe ni la maison de disques, pas plus que PRAYING MANTIS ou TRESSPASS ou les autres groupes présents. Ceci donnait une opportunité aux groupes, c'est tout.
À ce moment-là, le groupe était constitué de Dave MURRAY, Paul DI ANNO, Doug SAMSON, Tommy PARSONS dont le passage fut bref, et moi-même.

 Puis vous êtes partis avec Judas PRIEST ?

C'est cela et grâce au succès que l'on a eu lors de cette tournée nous avons signé un vrai deal avec EMI peu de temps après. Tout c'est très vite enchaîné.

Et puis le reste on le connaît : une tournée triomphale en Europe, à l'automne 1980, en support de KISS, un deuxième album « Killers » qui donna au groupe toute sa pertinence, une tournée US, une deuxième tournée européenne où le drame éclate.
Paul ne pouvant plus tenir le rôle qui était le sien, celui-ci fut bien vite remplacé par Bruce DICKINSON sorti tout droit de l'équipe de Paul SAMSON.
Le succès est toujours à l'heure et l'album « Number of the beast » est là pour sidérer tous ceux qui se rongeaient les clous en se demandant qui pourrait bien avoir l'audace de remplacer Paul.

 Une question se pose encore : comment Steve a-t-il pu rétrospectivement parlant vivre l'arrivée de Bruce et le départ de Paul (ou le contraire bien sûr).

La décision de virer Paul a été prise par le groupe lui-même. Il en avait assez des tournées, il avait des problèmes familiaux, des problèmes de drogue et il n'était plus heureux avec le groupe, tout comme nous n'étions plus satisfaits d'être avec lui. C'est pour cela qu'au retour de la tournée européenne « Killers » nous nous sommes séparés.

 C'est alors que Bruce est arrivé ?

Lorsqu'il est arrivé dans le groupe, cela a été un grand soulagement pour nous. On le connaissait depuis longtemps et il avait toujour été un grand fan d'IRON MAIDEN. Dès la première répétition, il a su insuffler une nouvelle conviction et c'est reparti de plus belle. Car, même si l'on n'était pas trop inquiets, pour ce qui était de la musique, car en ce temps-là j'écrivais pratiquement tous les morceaux, on a senti tout de même une vague de découragement qui m'a quelque peu inquiété, malgré le succès de l'album « Killers » qui devenait de plus en plus évident.

 Parle-moi de votre travail avec Martin BIRCH.

Martin a toujours été le producteur avec qui je rêvais de travailler. Il a produit les plus grands groupes : DEEP PURPLE, WHITESNAKE, RAINBOW, BLACK SABBATH et d'autres et lorsqu'IRON MAIDEN a commencé à bien fonctionner c'est tout de suite à lui que j'ai fait appel. Martin BIRCH a un sens inné du son et en écoutant un groupe il sait tout de suite le son qui convient de donner sans dénaturer la musique.
Ce qui est intéressant c'est surtout qu'il ne restitue pas le même son d'un album à l'autre, alors que quelques producteurs ont la fâcheuse tendance à appliquer aux groupes la même recette.
Martin BIRCH est quelqu'un qui est à l'écoute de nos désirs et qui sait parfaitement coller à l'image que nous voulons donner. Maintenant, il connaît parfaitement IRON MAIDEN et on ne pense pas changer de producteur avant longtemps.

 Quel est ton rôle dans la production d'un album d'IRON MAIDEN ?

Au niveau du studio, il est relativement inexistant si ce n'est ma participation directe à l'enregistrement, évidemment. En fait, je m'occupe de tous les arrangements musicaux lors des répétitions afin que tout soit réglé une fois arrivé en studio. S'il y a un problème quelconque, je sers d'intermédiaire entre le groupe et Martin.

 Depuis l'album « Piece of mind » il semble que tu aies laissé plus d'espace aux autres membres du groupe pour s'exprimer, autrement dit, tu n'es plus le seul à tout écrire et à tout composer ?

Il est vrai que cela est dû aussi à l'arrivée de Bruce dans le groupe.
Pour l'album « Number of the beast » j'avais déjà tout préparé moi-même avant que Bruce n'arrive si bien que cela reste un album où j'ai dirigé pas mal de choses.
Avec l'arrivée de Bruce nous avons décidé de travailler tous ensemble afin de diversifier la musique et les textes d'IRON MAIDEN. En effet, si c'est toujours la même personne qui fait la musique, un groupe tourne vite en rond et finit par se pasticher lui-même.
C'est pour cela qu'Adrian, Dave et Bruce se sont mis à composer et à proposer des morceaux. Cela crée une nouvelle dynamique au sein du groupe.

 « Powerslave » tourne autour de la mythologie égyptienne pourtant il n'y a qu'un titre relatif à ce sujet ? Votre dernier album aurait pu tout aussi bien être basé sur le marin britannique, de par la place proéminente du morceau « Rimes of the ancient mariner ».

Oui, bien sûr, mais on a collectivement décidé de le cibler sur le thème de l'égyptologie car le morceau « Powerslave », de Bruce, nous a bien plu. Et puis le sujet nous passionne. Une fois toutes les chansons écrites, on décide ensemble du concept vers lequel l'album s'orientera.

 Pour en revenir au travail de studio, la particularité d'IRON MAIDEN reste la place prépondérante de la basse. Est-ce quelque chose imposé par toi ou une démarche consciemment adoptée par le groupe ?

Cela dépend. Très souvent les titres sont composés à partir d'accords que je plaque sur une guitare acoustique et que je retranscris tout de suite sur une basse ; puis on construit le morceau sur cette partie.
Alors puisqu'au départ c'est moi qui composait pratiquement toute la musique du groupe, cette spécification d'une musique axée sur la basse s'est installée au cours des albums. Je ne pense pas être aujourd'hui celui qui impose quoi que ce soit au groupe.

 Quelle a été ta formation musicale ?

J'ai commencé, comme beaucoup, par apprendre la guitare. J'ai même passé quelques années à apprendre la guitare classique et puis un jour j'ai laissé tomber car cela m'ennuyait profondément.
En fait, je voulais être bassiste et on m'avait dit que pour savoir jouer de la basse il fallait absolument que j'apprenne les accords de base sur une guitare acoustique. Ce qui est, tout bien réfléchi, une stupidité car maintenant je sais qu'on peut partiquer la basse sans avoir à perdre son temps de la façon dont j'ai perdu le mien.
Dès que j'ai joué en groupe, j'ai abandonné la guitare acoustique et je me suis consacré uniquement à la basse.

 Qu'aurais-tu fait si tu ne t'étais pas investi dans le rock ?

J'aurais sûrement été footballer.

 Au sein des Westham Football-Club ?

Ah oui, cela m'aurait fait plaisir. Je suis Westham depuis bien longtemps maintenant et je suis toujours un de leur fervents supporters.

 Peux-tu m'expliquer la connexion qui existe entre les fans de hard rock et les fans de foot ?

Au départ, je pense qu'on peut comparer l'atmosphère qui règne dans un stade, avant le match avec celle d'une salle de concert, juste avant que les lumières s'éteignent. Tous les fans sont là, ils chantent, ils sifflent, ils préparent déjà la fête. La différence principale qui compte, surtout maintenant entre un concert et un match, c'est la violence que déclenche l'événement.
En effet, le supporter est devenu tellement violent qu'un match de foot est désormais devenu un lieu de défoulement violent alors que les fans du rock célèbrent tous en commun, et non en clan, la fête pour laquelle, ils se sont déplacés.

 Tu veux donc dire qu'en étant une rock-star tu risques moins ta vie qu'en étant un footballer ou un supporter ?

Oui, c'est cela mais je dois avoir quand-même ce petit côté maso car j'ai toujours envie de jouer au foot.

 

Et, rebelote, lorsque je vois Steve s'éloigner vers son immense car, qui n'attend plus que son auguste personne pour s'ébranler et repartir vers d'autres arches toutes trouvées, lorsque que je considère cet être de chair qui de surcroît a été classé incontestable numéro 1 des bassistes internationaux, nous raconter le plus simplement du monde qu'après tout « Hallowed be thy name » n'est que le reflet des innombrables questions qui jalonnent son univers impitoyable, je me dis que lorsque que je serai grand et que j'aurai tout lu DICKINSON dans le texte. j'étudierai la tête dans les cordes à nœuds de son prolifique cerveau, la façon dont on peut être à la fois un grand musicien et un footballeur moins abruti que la moyenne.


 

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