Avec Bruce Dickinson remplaçant Paul Di'Anno au chant, The Number Of The Beast
représente un énorme bond en avant pour Iron Maiden, leur apportant à la fois la notoriété
et une certaine controverse. Cet album entame la deuxième phase de la carrière de Maiden,
celle que l'on pourrait appeler leur « Âge d'Or », s'étendant sur
la période allant de la sortie de Beast à la fin des années 1980, avec cinq albums studio.
Des thèmes plutôt sombres, introspectifs et violents dominent l'album, ce qui a induit une
controverse et des accusations infondées de satanisme. Il y eut des rumeurs d'évènements
étranges se produisant lors de l'enregistrement de l'album, comme par exemples des
lumières s'allumant et s'éteignant toutes seules, des bruits étranges, et d'autres trucs
du même genre. Voici ce que Bruce Dickinson en a dit lors du concert largement piraté
au Palladium de New York en 1982 :
Puisqu'on parle d'évènements étranges, certains d'entre vous savent
peut-être qu'il y a eu quelques trucs bizarres concernant l'album, et que certaines personnes
ont considéré comme l'oeuvre de Satan ou du diable ou de ce genre de conneries. Je voulais
juste dire à ces gens qui passent les disques à l'envers et qui brûlent des disques dans
la rue qu'ils peuvent aller se faire... peuvent se coller la tête dans le cul ou un truc comme ça
parce que...
ça ne nous intéresse pas.
Bruce Dickinson, New York, 29 juin 1982
Il y fort à parier que ces rumeurs n'ont en fait été qu'une espèce de coup de pub...
« Satanique » était assez populaire dans les années 80,
tout comme « gangsta » était populaire dans le mouvement
Rap des années 90. De nombreuses rumeurs du même genre sont exagérées,
voire fabriquées de toutes pièces, par certains bigots afin de servir leur propre campagne
de propagande religieuse. En tout cas, que ces évènements se soient produits ou non,
une seule chose est sure, c'est qu'ils ne peuvent pas être attribués à Satan, vu qu'il n'existe pas
et qu'il n'est simplement qu'une représentation du mal. The Number of the Beast
reste néanmoins l'un des meilleurs albums de Maiden, aux côtés de
Piece Of Mind et de
Powerslave.
Il est tout simplement devenu un grand classique du Heavy Metal et c'est l'un
des meilleurs albums, ainsi que l'un des plus influents, de ce genre depuis qu'il existe.
Les commentaires de Steve Harris sont issus d'une
interview avec John Stix
parue en juillet 1983.
Invaders (Harris)
Ce morceau rapide et plein d'énergie constitue une excellente entrée en matière pour l'album.
Il dépeint brillamment la violence et l'horreur du combat face à une invasion
viking,
débutant avec l'apparition des drakkars et culminant avec la dernière bataille contre les envahisseurs.
Ce morceau est une sorte de suite à « Invasion »,
un morceau qui se trouve sur les célèbres
Soundhouse Tapes.
La puissance d'« Invaders » compense un refrain plutôt moyen.
C'est un morceau qui entame une tradition de chansons guerrières qui s'est poursuivie
et améliorée avec des morceaux comme
« The
Trooper » ou
« The
Duellists ».
Sur une note plus historique, les Vikings étaient des guerriers scandinaves qui sévissaient
sur les côtes d'Europe et des îles britanniques du IXe au XIe siècle.
Au début de ce qu'il est conventionnellement appelé l'« Ère Viking »,
ils étaient les meilleurs bâtisseurs de navires du monde, ainsi que des marins exceptionnels;
ils se sont aventurés jusqu'au Groënland et en Amérique du Nord (des études récentes indiquent
qu'Éric le Rouge, un célèbre chef Viking, a en fait découvert l'Amérique quelques siècles avant
Christophe Colomb). À l'apogée de cette « Ère Viking », le navire
de guerre viking typique, appelé « drakkar », avait une proue
très haute décorée de l'emblème d'un animal, ainsi qu'une poupe surélevée. Il pouvait embarquer
jusqu'à 30 rameurs assis, et l'équipage moyen était constitué de 90 hommes. Ses voiles carrées
étaient ornées de rayures colorées perpendiculaires et le navire entier était finement sculpté et
peint de couleurs vives. Sur chaque bord du bateau se trouvait une rangée de boucliers ronds décorés.
Ceci est la description d'un drakkar « standard » et les autres
navires étaient de divers types, selon leur emploi et la période considérée.
"Invaders" nous est apparu comme un excellent morceau d'ouverture
rock'n'roll. C'est marrant, on ne l'a jamais joué en concert. Ce morceau est l'extension
d'un autre morceau appelé 'Invasion' qui se trouve en face B du singleWomen In Uniform. C'est comme une invasion de
l'Angleterre.
Steve Harris
Parmi les causes qui ont poussé les viking à quitter leurs terres natales, on trouve la surpopulation,
des conflits internes, une nécessité d'établir un commerce, ainsi qu'une grande soif d'aventure.
De nombreux petits royaumes avaient vu le jour en Scandinavie devenant au fil du temps les
royaumes de Norvège, du Danemark et de Suède. La religion des vikings était un paganisme
de type Germanique ; leur mythologie et les sagas héroïques qui forment leurs légendes
ont survécu de nos jours et constituent la plus grande partie de l'ancienne littérature nordique.
L'« Ère Viking » s'acheva avec l'introduction du christianisme en
Scandinavie, avec la constitution des trois grands royaumes scandinaves, et avec l'apparition
en Europe de royaumes capable de faire face et de contrer les invasions. De nombreux
vikings se sont établis où ils avaient envahi. Les envahisseurs scandinaves en Russie étaient
connus sous le nom de Varangiens et leur chef, Rurik, fonda le premier état Russe. Ailleurs,
les Vikings furent connus sous divers noms, dont « Danois »,
«Hommes du Nord », ou encore « Normands ».
Children Of The Damned (Harris)
Ce morceau à la fois sombre et irrésistible est inspiré du
film
de 1963 du même nom (dont le titre a judicieusement (!) été traduit en français par :
Ces Êtres venus d'ailleurs) relatant l'histoire de six enfants aux aptitudes psychiques
extrêmement développées qui doivent se battre pour leur survie contre une espèce humaine
inférieure. La chanson décrit la mort du dernier de ces enfants alors qu'il fait face aux humains
qui veulent le détruire. C'est un film profond et qui fait réfléchir, digne de la chanson qu'il a inspiré.
C'est tiré du film du même nom. L'atmosphère est un peu comme
celle de "Remember
Tomorrow".
Steve Harris
En résumé, l'histoire du film est celle de six enfants, nés en divers endroits du globe,
dont l'intelligence est nettement supérieure à la moyenne et qui en outre possèdent
des pouvoirs psychiques particuliers. Les savants des Nations Unies font regrouper
ces enfants à Londres afin de pouvoir mieux les étudier. Alors que les scientiques
se chamaillent pour savoir ce que l'on va faire de ces êtres exceptionnels, l'armée
tente d'établir un moyen de contrôler leurs pouvoirs afin de les utiliser à des fins militaires.
Toutefois, les enfants decident en fait de prendre les chose en main eux-mêmes,
ce qui les conduit finalement à leur destruction.
D'un point de vue musical, 'Children Of The Damned' est tout simplement superbe.
Le rythme lent et le mélange de guitares acoustique et métallique créent une atmosphère
de tristesse et de deuil que renforce le magnifique solo d'Adrian. La description des derniers
instants l'enfant sur le bûcher (« Melting his face, screaming in pain,
peeling the skin from his eyes – Faisant fondre son visage, il hurle de douleur,
pêlant la peau de ses paupières ») est particulièrement atroce et est
susceptible de provoquer des frissons d'horreur à quiconque a suffisamment d'imagination.
C'est l'un des morceaux inoubliables de Maiden dont le titre en français pourrait se traduire par
« Les Enfants Du Malin », bien que le mot
« damned » signifie bien sûr
« damné » ou « maudit » –
le mot « malin » semble toutefois plus approprié vu que l'enfant
qui monte au bûcher est vraisemblablement brûlé pour sorcellerie, donc pour son association
avec le Diable (le malin).
The Prisoner (Smith, Harris)
Inspiré de la célèbre série-culte britannique des années 1960,
Le Prisonnier (avec le non moins célèbre Patrick McGoohan), ce morceau passe d'une
excellente intro à la batterie soutenue par de lourds accords de guitare à un tempo assez rapide
typique d'Iron Maiden. C'est une chanson imprégnée dl'individualisme, de défi et de liberté. Bien que
ce morceau soit souvent décrié par de nombreux fans de Maiden, il n'est reste pas moins
un grand moment et il faut bien avouer que les solos de guitares sont absolument fantastiques.
Avant que la musique elle-même ne débute, on peut entendre le dialogue qui préface chacun des
17 épisodes de la série :
We want information...
information... information...
Who are you?
The new Number Two.
Who is Number One?
You are Number Six.
I am not a number!
I am a free man!
Nous voulons des renseignements...
des renseignements... des renseignements...
Qui êtes vous ?
Le nouveau Numéro Deux.
Qui est Numéro Un ?
Vous êtes Numéro Six.
Je ne suis pas un numéro !
Je suis un homme libre !
Dans la biographie officielle de Maiden, Mick Wall explique comment Rod Smallwood
a contacté lui-même Patrick McGoohan afin d'obtenir la permission d'utiliser le dialogue
pour l'intro de la chanson :
[...] l'enregistrement de Number Of The Beast, comme c'est le cas de tous les albums
de Maiden, eut également ses moment amusants, dont le plus mémorable est certainement
celui du soir où Rod s'est assis pour téléphoner à l'acteur Patrick McGoohan et lui demander
la permission d'utiliser un enregistrement de sa voix sur l'album. Tirant son titre du nom de la
série-télé culte des années 60, le groupe avait eu l'idée de préfacer "The Prisoner"
avec McGoohan
(qui jouait le personnage principal, connu sous le nom de Numéro Six) prononçant sa célèbre
phrase issue de la série : « Je ne suis pas un numéro, Je suis un homme
libre ! » Le DJ Tommy Vance leur avait déjà fourni un enregistrement
original du dialogue de la série, mais ils avaient quand-même besoin de la permission de
McGoohan pour le mettre sur l'album.
Steve se souvient de la tête de leur imperturbable manager qui, pour une fois, avait l'air complêtement
paniqué alors qu'il composait le numéro de téléphone. « Oh, putain, »
dit Rod plus tard. « Ça ne me dérange pas d'avoir à faire à ces crétins de rock stars,
mais lui c'était un véritable acteur, une superstar. J'étais absolument terrifié ! »
Les membres du groupe rigolaient en entendant Rod expliquer les détails de manière hésitante
à l'acteur qui se trouvait alors chez lui à Los Angeles. « Comment s'appelle groupe,
au fait ? » demanda-t-il. « Iron Maiden, »
répondit Rod. « Un groupe rock, vous dites, » dit McGoohan pensivement.
« Faites-le ! » finit-il par dire de la manière impérieuse de son
personnage de la série, puis il raccrocha. Alors ils l'ont fait.
Mick Wall (2001) Run To The Hills – The Authorised Biography of Iron Maiden
– Revised Edition p. 227.
Il est intéressant de constater que le Prisonnier semble s'échapper du Village à la fin de la
chanson (« Not a prisoner I'm a free man, and my blood is my own now,
don't care where the past was, I know where I'm going – Je ne suis pas un prisonnier,
je suis un homme libre, et mon sang m'appartient désormais. je me moque de mon passé,
je sais où je vais »), pour s'y retrouver deux ans plus tard dans la chanson de 1984
« Back in the
Village » sur l'album
Powerslave.
Cette ironie du sort n'est pas sans rappeler aux fans de la série
l'épisode
numéro sept, dans lequel Numéro Six s'échappe pour finalement être forcé de retourner au Village.
L'intro du morceau est tirée de la série télévisée elle-même avec Patrick McGoohan.
Adrian a pris le solo pour celui-ci et c'est l'un de ses préférés. C'est un morceau très fort en concert,
bien qu'on ne joue plus.
Steve Harris
22, Acacia Avenue (Harris, Smith)
C'est la suite de "Charlotte The Harlot". C'est où elle habite,
dans l'Est de Londres [l'East End].
Steve Harris
C'est le deuxième épisode de la série « Charlotte la Salope »
qui a débuté
sur le tout premier album d'Iron Maiden. C'est un morceau complexe et inhabituel, comportant des parties
radicalement différentes les unes des autres tant d'un point de vue musical que dans
les paroles elles-mêmes. Toutes ces parties se fondent toutefois très bien ensemble en un
tout cohérent, ce qui fait de ce morceau l'un des plus créatifs du Heavy Metal et un
classique de Maiden.
"The red light's burning bright tonight"
« 22, Acacia Avenue » est à l'origine un morceau d'Adrian Smith
datant de l'époque où il était dans un groupe du nom d'Urchin. Dans une interview avec Mick Wall,
Adrian se souvient de comment tout a commencé :
« L'un de mes premiers morceaux est "22 Acacia Avenue",
qui s'est retrouvé sous une forme légèrement différente sur l'album Number Of The Beast.
Je l'avais écrit quand j'avais 18 ans, mais j'ai continué de le travailler au fil des ans avec les diverses
formations que j'ai eu avec le groupe. Mais c'est bizarre comment il a fini comme morceau de Maiden.
Urchin donnait un concert dans un parc du coin et on a joué " 22 Acacia Avenue",
et ça devait probablement sonner complètement different de la version qu'on a fait plus tard avec Maiden,
mais ce qu'il y a de bizarre est que Steve Harris était là. Je ne le connaissais même pas à l'époque,
mais il s'en est souvenu quand j'ai intégré le groupe des années plus tard. On était en train de préparer
des trucs pour Number Of The Beast, et tout d'un coup Steve s'est tourné vers moi et m'a dit,
"C'était quoi déjà ce morceau que tu jouais avec Urchin ?" et il a commencé
à le fredonner, et c'était "22...". En fait, il avait déjà bien changé depuis et on l'a
probablement modifié encore plus avec Maiden, mais c'était bizarre qu'il se soit souvenu
de ce morceau après tant de temps. On ne l'avait probablement pas joué très bien ce jour là
et on a dû se sentir plutôt à plat après-coup, mais parce qu'on s'était donné la peine d'essayer
et qu'on avait fait de notre mieux, quelqu'un du public s'était souvenu. C'est pour ça que ça vaut
toujours le coup d'essayer de faire de son mieux. Même si on a l'impression que c'est un désastre
complet quand on le fait, on en tire toujours quelque chose. »
Mick Wall (2001) Run To The Hills – The Authorised Biography of Iron Maiden
– Revised Edition p. 167
Dans la chanson, le personnage amoureux de Charlotte adopte d'abord une attitude sarcastique
face au mode de vie de sa copine et s'adresse à l'auditeur en l'invitant à prendre du bon temps,
indiquant même qu'il n'y a pas de limite dans ce que l'on peut envisager de faire
(« Everybody's got their vice – Chacun satisfait ses vices »).
L'ironie est poussée jusqu'à offrir le « service » gratuitement
(« If you're waiting for a long time for the rest to do their piece, you can tell her
that you know me, you might even get it free! – Si tu attends longtemps que les autres
aient fini, tu peux lui dire que tu me connais, elle te fera peut-être même ça gratuitement »).
Puis les paroles s'adressent ensuite à Charlotte elle-même dans l'espoir qu'elle réalise l'absurdité
de ce qu'elle fait (« Charlotte, can't you get out from all of this madness? –
Charlotte, ne peux-tu pas échapper à toute cette folie ? »,
« Charlotte isn't it time you stopped this mad life? –
Charlotte, ne serait-il pas temps d'arrêter cette vie de dingue ? »),
bien que le personnage ne fasse d'abord pas mention du chagrin que cet état de fait lui procure.
Il reprend alors un ton sarcastique et désabusé (« Beat her, mistreat her, do
anything that you please... – Bats-la, maltraite-la, fais tout ce que tu veux »)
avant de finalement admettre sa douleur à Charlotte (« Don't you know that you're hurting
all the people that love you? – Ne sais-tu pas que tu fais du mal à tous ceux qui
t'aiment ? »), puis de finalement prendre la décision de l'emmener loin
de cette vie de luxure et de prostitution (« It's no life for you stop all that screwing,
you're packing your bags and you're coming with me – Ce n'est pas une vie pour toi,
arrête de te faire baiser, fais tes valises et viens avec moi »).
C'est probablement l'idée que se fait Maiden d'un « happy end ».
The Number Of The Beast (Harris)
Ce morceau fut vaguement inspiré par le film de 1978
La Malédiction II (titre original : The Omen II) et par un rêve que fit Steve Harris.
Il commence sinistrement avec une citation de la Bible :
Woe to you, oh Earth and Sea,
for the Devil sends the beast with wrath,
because he knows the time is short...
Let him who hath understanding reckon the number of the beast
for it is a human number, its number is Six hundred and sixty six.
– Revelations 13:18
Malheur à vous, oh Terre et Mer,
car le Diable envoie la Bête avec colère,
parce qu'il sait que la fin est proche...
Que celui qui a de l'intelligence calcule le nombre de la Bête
car c'est un nombre d'homme, et son nombre est six cent soixante-six
– Apocalypse 13:18
La référence de cette citation n'est toutefois pas entièrement correcte et seule la dernière
phrase correspond à Apocalypse 13:18, la première se trouvant en fait au chapitre 12,
verset 12. Il existe de nombreuses traductions de la Bible en anglais, mais Steve Harris
a probablement tiré la citation de la Version Standard Révisée, mise ici en pararallèle
avec la traduction en français de Louis Segond :
Rejoice then, O heaven and you that dwell therein!
But woe to you, O earth and sea, for the devil has come down
to you in great wrath, because he knows that his time is short!
Revelations 12:12
C'est pourquoi réjouissez-vous, cieux, et vous qui habitez dans les cieux.
Malheur à la terre et à la mer! car le diable est descendu vers vous, animé
d'une grande colère, sachant qu'il a peu de temps.
Apocalypse 12:12
This calls for wisdom: let him who has understanding reckon
he number of the beast, for it is a human number, its number
is six hundred and sixty-six.
Revelations 13:18
C'est ici la sagesse. Que celui qui a de l'intelligence calcule le nombre de la bête.
Car c'est un nombre d'homme, et son nombre est six cent soixante-six.
Apocalypse 13:18
En fait ce morceau parle d'un rêve. Il n'a rien à voir avec le
satanisme.
Steve Harris
La première phrase décrit en fait la chute de Satan après qu'il ait livré bataille
contre l'archange Gabriel et ses légions (la légende indique d'ailleurs que Satan
était à l'origine un archange lui aussi), alors que la dernière partie fait référence
à la deuxième bête de l'Apocalypse selon Saint Jean et non au diable lui-même,
ce qui est peut-être la raison pour laquelle le verset a été modifié en :
« le Diable envoie la Bête avec colère », afin de donner
une certaine cohésion à la citation. Ce n'est cependant pas une excuse et les
références correspondantes auraient dû être indiquées afin d'éviter toute confusion.
Toujours au sujet de l'intro du morceau, Bruce a indiqué sur Radio Scotland,
lors d'un programme spécial consacré au Download Festival, que le groupe
avait demandé au célèbre acteur de films d'horreur Vincent Price de réciter le texte.
Cependant, toujours selon Bruce, Price a refusé de le faire pour moins de
£25 000
(près de 37 000 Euros),
bien qu'il soit possible qu'il ait un peu exagéré.
Ils avaient également entendu parler de quelqu'un qui lisait des histoires de fantômes à la station de
radio Capitol et lui demandèrent donc de le faire au lieu de Price. C'était un acteur
dramatique qui ne s'intéressait pas du tout à Maiden, mais ils lui demandèrent de faire une
imitation de la voix de Vincent Price, ce qu'il fit vraiment très bien.
Dans la vidéo
Number Of The Beast, Steve mentionne également que cette chanson fut inspirée
par le poème
Tam O' Shanter de Robert Burns.
C'est l'un des morceaux les plus puissants et les plus mémorables de Maiden. Les aptitudes
vocales exceptionnelles de Bruce se font entendre d'entrée avec ce cri qu'il pousse juste après
l'intro. Iron Maiden s'est fait « allumer » par diverses grenouilles de
bénitier dont la plupart n'ont même jamais pris la peine d'écouter la chanson elle-même et n'en
ont donc jamais compris le sens. Comme c'est souvent le cas, la controverse n'a servi qu'a faire
encore plus de pub pour Maiden.
Voici ce que rapporte Mick Wall au sujet de cette fameuse controverse :
Aux États-Unis, où le titre de l'album avait déclenché de nombreuses protestations venues
de l'émergeante prétendue « majorité morale », un groupe de
pression politique Américain de droite accusa sans fondement Maiden d'être des satanistes
et de « tenter de pervertir nos enfants ». Comme Steve dit,
« C'était dingue. Ils se foutaient royalement le doigt dans l'oeil. Ils n'avaient
de toute évidence pas lu les paroles. Ils voulaient juste croire à toutes ces conneries
au sujet du groupe étant sataniste. » Néanmoins, la publicité qui en résulta
contribua a garder le nom du groupe en première page des journaux de chacunes des villes
où ils jouèrent cette année là, puisque les gamins d'un peu partout voulaient absolument
voir par eux-mêmes ce groupe qui avait réveillé la peur du Seigneur chez leurs parents.
Mick Wall (2001) Run To The Hills – The Authorised Biography of Iron Maiden
– Revised Edition p. 228.
Run To The Hills (Harris)
C'est probablement le morceau de Maiden le plus connu et leur premier grand hit.
« Run To The Hills » dépeint les guerres Indiennes de
l'Ouest Américain, d'abord du point de vue des Indiens, puis de celui des Blancs.
C'est un morceau au rythme rapide avec une ligne de batterie qui rappelle des
chevaux au galop. Bien que ce soit un classique de Maiden, il est toutefois
un peu court. En tout cas, c'est un morceau qui fut décisif pour Maiden, lui permettant
d'entamer son invasion de l'Amérique.
Dans les paroles, la phrase « the only good Indians are tame
– les seuls bons Indiens sont domestiqués » fait probablement
référence au triste proverbe américain « The only good Indian is a dead
Indian » [« Le seul bon Indien est un Indien mort »].
Ce dicton immonde et absurde prend sa source dans l'anecdote suivante dont la scène se déroula
en janvier 1869, à Fort Cobb, en Territoire Indien qui est de nos jours l'Oklahoma, peu de temps
après la bataille de Custer avec les Cheyennes du chef Black-Kettle :
Le vieux Toch-a-way (Colombe-Tortue), un chef Comanches, fut présenté au
Général Philip Sheridan
(1831–1888) et voulu impressionner l'homme blanc en lui parlant anglais. Il réussit à
dire : « Moi, Toch-a-way; moi bon Indien. » Le Général, dont
la haine des Indiens n'avait d'égal que sa bigoterie, se contenta de sourire en répondant :
« Les seuls bons Indiens que j'ai jamais vu étaient morts. »
Bien que Sheridan nia plus tard avoir émis une telle opinion, la triste phrase devint
rapidement un dicton qui est toujours parfois utilisé, bien que les Indiens qui n'ont pas
physiquement été éliminés vivent désormais dans des réserves où l'alcoolisme –
dû essentiellement au chômage – et des conditions de vie plus que rudimentaires
contribuent à achever une culture déjà mourante. Quel beau pays, l'Amérique !
Cette chanson parle des Indiens d'Amérique. Elle est écrite des deux
points-de-vue : la première partie du côté des Indiens et la deuxième du côté
des soldats. J'ai essayé de rendre la sensation de chevaux au galop. Mais quand on joue
celle-là, on doit faire attention à ce qu'elle ne s'emballe
pas.
Steve Harris
Gangland (Smith, Burr)
Ce morceau plutôt court décrit la peur et la précarité de la vie lors d'une guerre des
gangs à la
Al Capone,
dans les années 1930, à moins qu'il ne s'agisse de l'EastEnd de Londres du temps où
sévissaient les
frères Kray
dans les années 1960. Pour l'album, le groupe a dû choisir entre ce morceau et
« Total
Eclipse »,
et ils ont depuis l'impression d'avoir fait le mauvais choix. Bien que de nombreux fans n'aiment pas
ce morceau, il n'est pas si mauvais que ça – peut-être tout simplement en-dessous des standards
habituels de Maiden. En tout cas, les deux morceaux ont comme point commun d'être les seuls à avoir
été co-écrits par Clive Burr.
Celui-ci est d'Adrian et de Clive. L'intro est en fait un truc de batterie que Clive
a mis au point. Il y a peut-être un peu d'influence Jazz et il est un peu différent de ce l'on avait
fait auparavant. Mais le riff de base déménage assez bien. C'est un très bon morceau, mais on ne
l'a jamais joué en
concert.
Steve Harris
Total Eclipse (Harris, Murray, Burr)
« Total Eclipse » est une chanson apocalyptique
qui décrit l'anéantissement de la vie sur Terre
par une catastrophe écologique. Il est possible que les paroles cherchent à faire un subtil discours
politique sur la conservation et la protection de la planète. Avant que l'album The Number
Of The Beast ne sorte, les membres du groupe ont eu du mal à décider si ce morceau ou
« Gangland »
devait figurer sur l'album. Ils ont finalement choisi « Gangland »
et ont relégué « Total Eclipse » au statut de face B,
une décision qu'ils ont ensuite regretté. Par conséquent, « Total Eclipse »
fut ajouté à l'album lors de sa ré-impression en 1998. « Total Eclipse »
est un excellent morceau dont l'atmosphère correspond tout à fait aux
thèmes sombres et introspectifs abordés sur l'album The Number Of The Beast.
Hallowed Be Thy Name (Harris)
Ce morceau est généralement considéré par les fans comme le meilleur morceau
qu'Iron Maiden ait jamais composé, voire même comme le meilleur morceau de tous les temps.
« Hallowed Be Thy Name» décrit les pensées et les émotions ressenties
par un condamné à mort qui est sur le point d'être conduit à la potence. Il y a une ressemblance
frappante entre les paroles de « Hallowed » et celles de
« Rainbow's
Gold »,
un morceau composé par un groupe du nom de Beckett qui fut repris par Iron Maiden
sur la face B du single2 Minutes To Midnight :
And though the end is near I'm not sorry
Catch my soul, it's willing to fly away
– Hallowed Be Thy Name
And your bird she's singing
Catch your soul, he's willing to fly away
– Rainbow's Gold
L'histoire qui se déroule au fur et à mesure de la chanson est vue au travers des yeux
d'un homme qui, face à une mort imminente, passe successivement d'un état d'angoisse
sourde à celui de terreur absolue, avant de ressentir l'espoir qu'il va peut-être revenir –
d'où la dernière phrase tirée du Notre Père. La strophe faisant référence à la vie
n'étant « qu'une étrange illusion » ne doit sans doute pas être
prise au pied de la lettre, mais semble plutôt indiquer que la manière dont la majorité des gens
envisagent leur propre vie est une illusion et non la vie elle-même. Ils ont l'illusion que la vie
qu'ils mènent est celle qui leur était destinée et cela les empêche de voir plus loin. Ils ne
réalisent souvent jamais leur rêves originaux car ils ont été abusés par les artifices
créés par la société.
Les mots ne suffisent pas pour décrire un morceau aussi magnifique. La longue partie
instrumentale qui domine la dernière partie du morceau n'a peut-être d'égale que celle de
« Phantom
Of The Opera ». La profondeur des paroles et l'émotion qui s'en dégage sont
absolument uniques et il est fort possible qu'aucun autre morceau n'arrive à la cheville de celui-ci.
C'est l'un de mes morceaux préférés et on le joue toujours en concert.
On essaie de créer une atmosphère au début du morceau. L'intro style guitare classique,
c'est Dave créant l'atmosphère avec des cloches derrière. Ça parle de quelqu'un qui n'a plus
que quelques heures à vivre. En concert, la dernière partie décolle. Dave joue le premier solo,
suivi d'Adrian.